«Grotesque» : les Etats généraux de la laïcité déjà sous le feu des critiques

Reprenant à son compte des concepts développés par le Printemps républicain, la ministre déléguée Marlène Schiappa lance ses états généraux de la laïcité à grand renfort médiatique dans la presse nationale. Mais les critiques fusent…

Le gouvernement installe ce 20 avril et jusqu’à l’été des «états généraux de la laïcité» avec pour objectifs de toucher la jeunesse et d’avoir un débat apaisé sur ce sujet sensible, mais à peine annoncés, ils sont déjà largement critiqués comme un simple «coup médiatique».

Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, lance ces états généraux avec une «conférence de haut-niveau» au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) à Paris, à laquelle participent notamment l’essayiste Caroline Fourest et les philosophes Henri Pena Ruiz et Gaspard Koenig.

L’académicienne Barbara Cassin ou l’avocat Richard Malka se joindront plus tard aux débats. Car jusqu’à l’été, vont se tenir «des tables rondes et des groupes de travail sur la liberté d’expression, la recherche, la jeunesse, l’intégration citoyenne», avait indiqué Marlène Schiappa dans Le Journal du dimanche (JDD). Un modèle qui peut faire penser au «Beauvau de la sécurité». 

Des «cartes blanches» seront aussi confiées à des associations, comme la Licra. Et une «grande consultation» sera lancée «auprès de 50 000 jeunes», à l’adresse laicite.make.org.

«C’est un sujet de passion. L’idée est de dire : parlons-en ensemble et écoutons-nous», a défendu Marlène Schiappa dans le JDD.

Le ministre a de surcroît annoncé sur BFM TV le lancement d’un «fonds Marianne pour la République», de 2,5 millions d’euros, visant à «financer des personnes et associations qui vont porter des discours pour promouvoir les valeurs de la République et pour lutter contre les discours séparatistes notamment sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne».

Pour Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, la laïcité doit être le «remède» pour soigner un pays «malade» du séparatisme islamiste. Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer veut pour sa part lancer un groupe de pensée sur la laïcité en vue de la présidentielle. 

«Une opération de communication grotesque», selon Aurélien Taché

Marlène Schiappa, ministre sous la tutelle de Gérald Darmanin, occupe le terrain et fait des propositions pour remplacer l’Observatoire de la laïcité. Cette instance présidée pendant huit ans par l’ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco, est accusée par certains politiques et des membres du Printemps républicain d’avoir été laxiste contre l’islamisme. Matignon doit annoncer dans les prochaines semaines le dispositif qui lui succédera.

A peine annoncés, ces états généraux étaient déjà sous le feu des critiques. «On ne fait pas un débat après une loi», a estimé sur France Info l’eurodéputé EELV Yannick Jadot, en référence au projet de loi luttant contre le séparatisme islamiste adopté en première lecture la semaine précédente par le Sénat. 

Alors que Marlène Schiappa a annoncé vouloir «sortir de la tenaille entre d’un côté les identitaires d’extrême droite et de l’autre les indigénistes et Europe Ecologie-Les Verts» (reprenant à son compte le concept de tenaille identitaire chère au Printemps républicain), l’élu écologiste a demandé sur Twitter que cessent «les insultes» de la ministre. 

«Marlène Schiappa lance les états généraux de la laïcité après que son gouvernement en a fait un outil de stigmatisation des musulmans» avec la loi séparatisme, a déclaré la sénatrice (EELV) Esther Benbassa.

La CFDT a demandé «d’arrêter de faire de la laïcité un objet d’agitation médiatique permanent». Le syndicat de Laurent Berger, invité par la ministre, lui a fait savoir que «ce genre d’initiative était mal choisie alors que la loi [contre le séparatisme islamiste était] encore dans les tuyaux». 

«On prépare le terrain pour remplacer l’Observatoire de la laïcité, qui faisait un excellent travail […] par un nouvel organe à la solde du gouvernement», a jugé l’ancien LREM Aurélien Taché, qui perçoit ces Etats généraux comme «une opération de communication grotesque».

Le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), Mario Stasi, qui y participera, s’est placé, pour sa part, sur le terrain de l’apaisement auprès de l’AFP : «Si le débat se déplace de ce déversoir de haine, d’invectives que sont les réseaux sociaux, vers un travail approfondi mettant côte à côte différentes approches de la laïcité [et permet de] sortir avec des propositions concrètes dans le respect de la loi 1905 […] je n’y vois que des avantages.»

Source à l’adresse RT France