Strasbourg : majorité et opposition s’écharpent sur une motion contre l’antisémitisme

La municipalité écologiste a voté une motion n’intégrant qu’une partie de la définition sur l’antisémitisme formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Le texte de la mairie a notamment écarté le passage sur Israël.

Les trois heures de débats les 3 et 4 mai ont été houleux, selon le récit de l’AFP et des Dernières nouvelles d’Alsace (DNA), lors du vote de motions visant à définir l’antisémitisme au sein de la municipalité de Strasbourg, administrée par Europe Ecologie – Les Verts (EELV).

Déjà sous le feu des critiques pour ne pas avoir adopté la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) le 22 mars, la maire a cette fois-ci décidé de n’en prendre qu’une partie pour sa motion. L’édile Jeanne Barseghian a souligné que Strasbourg était «pleinement engagée contre l’antisémitisme et toute forme de discrimination», mais a également considéré que si la définition de l’IHRA possédait «certaines vertus», elle avait aussi ses «limites».

Dans le texte, 11 actions concrètes pour lutter contre l’antisémitisme y sont précisées, comme le soutien aux actions mémorielles ou la valorisation du patrimoine juif.

Il est aussi énoncé : «Nous rejetons et luttons contre l’antisémitisme sous toutes ses formes.» Il est aussi affirmé que l’antisémitisme constitue «une certaine perception des juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard». «Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte», poursuit la motion qui ajoute combattre «fermement tout préjugé, toute discrimination et toute violence antisémite fondés sur un lien réel ou supposé avec Israël, y compris ceux qui ont pris la forme d’une expression nouvelle par la négation de l’existence même de l’Etat d’Israël». En revanche, est écarté ce passage : «Le refus du droit à l’autodétermination des Juifs, en affirmant par exemple que l’existence de l’Etat d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste». 

En effet, la motion adoptée avec 46 voix (sur 65) tient à revendiquer «la liberté d’expression et la critique de la politique de tout gouvernement», y compris Israël, comme étant «des droits inaliénables».

Toutes les motions ont été adoptées

Opposés à celle-ci, les élus de La République en marche (LREM) et des Républicains (LR), tout comme l’ancienne ministre de la Culture et ex-maire de Strasbourg, la socialiste (PS) Catherine Trautmann, ont déposé deux autres motions reprenant avec fidélité la définition proposée par l’IHRA mais n’ont reçu que 15 voix. Toutefois, celles-ci ont aussi été adoptées car, comme l’indique le journal local DNA, «les élus ont décidé de ne pas s’opposer au(x) texte(s) n’ayant pas leur assentiment afin d’éviter le spectacle de votes de rejet comme lors de la séance du 22 mars, les uns et les autres ne prenant pas part aux votes selon les motions».

«Donc les trois textes ont été adoptés en trois votes successifs», poursuit le quotidien régional. Ce qui permet à l’opposante PS Catherine Trautmann d’affirmer que le conseil municipal de Strasbourg a tout autant «adopté la définition» élaborée par l’IHRA. C’est ce qui s’appelle voter pour ne pas choisir ?

Source à l’adresse RT France