«Journée de la Mémoire» : l’Algérie commémore les victimes des massacres commis par la France

Alors que l’on célèbre en France le 76e anniversaire de la victoire sur le nazisme et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Algérie commémore les victimes des massacres commis par l’armée française dans l’est algérien, le 8 mai 1945.

Le 8 mai 1945 : une date, deux ambiances. Tandis qu’à Paris, on célèbre le 76e anniversaire de la victoire contre l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale, en Algérie, on commémore les tueries de l’est algérien lors de manifestations aux velléités indépendantistes, neuf ans avant le déclenchement de la guerre d’indépendance en 1954.

L’Algérie célèbre ainsi ce 8 mai sa première «Journée nationale de la Mémoire» pour honorer les victimes de la répression sanglante par la France de manifestations indépendantistes le 8 mai 1945, au moment où Alger attend de Paris la reconnaissance des «crimes du colonialisme» commis entre 1830 et 1962.

Cette commémoration de la «Journée de la Mémoire» en date du 8 mai a été décidée il y a un an par le président Abdelmadjid Tebboune «en reconnaissance des énormes sacrifices consentis par le peuple algérien lors des massacres du 8 mai 1945 et du déclenchement de la Guerre de libération nationale le 1er novembre 1954».

Abdelmadjid Tebboune avait alors qualifié de «crimes contre l’humanité» les tueries perpétrées par les forces de l’ordre françaises dans l’est du pays, dans la région du Constantinois (Sétif, Guelma et Kherrata) et les exactions de la période coloniale (1830-1962). Il avait parallèlement annoncé le lancement d’une chaîne de télévision «spécialisée en histoire», ayant vocation à constituer «un support pour le système éducatif dans l’enseignement de cette matière que nous voulons maintenir vivace pour toutes les générations». La chaîne publique Eddakira («Mémoire» en arabe) a ainsi été lancée le 1er novembre 2020.

La «Journée de la Mémoire» a été instituée par une loi adoptée à l’unanimité le 23 juin 2020 par l’Assemblée populaire nationale (APN). Sous le slogan «Une mémoire qui refuse l’oubli», les commémorations officielles doivent se dérouler à Sétif, à 300 kilomètres à l’est d’Alger.

Le programme des célébrations prévoit une conférence sur «les crimes coloniaux dans le monde» et une exposition sur la «mémoire nationale» organisée par le musée du Moudjahid (combattant) de Sétif. Est également prévue une reconstitution de la marche historique il y a 76 ans dans les rues de cette ville.

Ce jour-là le défilé célébrant à Sétif la victoire des Alliés sur le nazisme – des milliers de tirailleurs algériens avaient combattu dans l’armée française –, se transforme en manifestation pour «l’Algérie libre et indépendante» et tourne à la tragédie, déclenchant des émeutes et une répression très brutale de la part de l’armée française qui fera des milliers de morts.

«Crime contre l’humanité»

Les Algériens font état de 45 000 morts dans les émeutes du Constantinois, et les historiens français de quelques milliers à 20 000, parmi lesquels 103 Européens.

Au-delà de la querelle sur le nombre de victimes, l’enseignement de l’histoire de l’indépendance algérienne reste l’apanage de l’Etat. Cette journée de commémoration survient alors que le président français, Emmanuel Macron, a engagé ces derniers mois une série d’«actes symboliques», afin de tenter de «réconcilier les mémoires» entre les deux rives de la Méditerranée, à l’approche du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (1962). Un rapport remis en janvier par l’historien Benjamin Stora suggère plusieurs gestes dans ce but. Il a toutefois été très fraîchement accueilli à Alger et n’a suscité jusqu’à présent aucun geste de réciprocité côté algérien. «La politique de reconnaissance engagée par le président Macron va se poursuivre. Plusieurs recommandations fortes du rapport Stora vont être mises en œuvre», assure toutefois une source française proche du dossier.  

«L’Algérie reste attachée au règlement global du dossier mémoriel» qui repose sur «la reconnaissance officielle, définitive et globale, par la France, de ses crimes […] la repentance et des indemnisations équitables», a déclaré le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Ammar Belhimer, dans un message diffusé par l’agence officielle APS.

Le règlement du dossier mémoriel passe aussi par «la prise en charge des conséquences des explosions nucléaires, la remise des cartes d’enfouissement des déchets de ces explosions», a ajouté le ministre. Le dossier des essais nucléaires est l’un des principaux contentieux mémoriels entre Alger et Paris. La France a en effet procédé à 17 essais nucléaires au Sahara algérien entre 1960 et 1966, sur les sites de Reggane puis d’In Ekker. Onze d’entre eux, tous souterrains, sont postérieurs aux accords d’Evian de 1962, qui entérinaient la fin de la guerre d’indépendance de l’Algérie, mais une clause permettait à la France d’utiliser jusqu’en 1967 les sites du Sahara.

Si le contentieux reste important, des «acquis certes modestes» mais d’une «grande valeur morale» ont été obtenus par l’Algérie, a admis le ministre. Il a cité notamment la récupération des crânes, en juillet, de 24 combattants nationalistes tués au début du colonialisme et la reconnaissance en mars par le président français Emmanuel Macron de la responsabilité de l’armée française dans la mort du dirigeant nationaliste Ali Boumendjel en 1957.

Emmanuel Macron, premier président français né après la guerre d’Algérie, avait alors jugé que la volonté de réconciliation des mémoires entre Français et Algériens était «très largement partagée» malgré «quelques résistances» en Algérie. En visite à Alger en février 2017, alors qu’il était candidat à la présidence, Emmanuel Macron avait qualifié auprès d’un média local la colonisation de l’Algérie de «crime contre l’humanité» et de «vraie barbarie». Ce qui lui avait valu de vives critiques de responsables politiques de droite en France.

Source à l’adresse RT France