Soupçonné de favoritisme, le maire de Grenoble Eric Piolle interrogé en garde à vue

Le maire de Grenoble est en garde à vue depuis le 1er juin à Valence. Il est soupçonné de favoritisme dans l’attribution de marchés publics à une association proche de sa majorité.

Soupçonné de favoritisme, le maire écologiste (EELV) de Grenoble (Isère) Eric Piolle est en garde à vue depuis le 1er juin au matin à Valence (Drôme). La garde à vue, débutée à 8h30 pour les chefs de «favoritisme ou complicité», «a été levée à 17h45 sans qu’en l’état de décision n’ait encore été prise sur l’orientation donnée à cette enquête et d’éventuelles poursuites judiciaires», a écrit le parquet de Valence, dans des propos rapportés par l’AFP. «Monsieur Eric Piolle ne fait l’objet d’aucune mesure coercitive», a ajouté le procureur Alex Perrin dans un communiqué. 

«Il n’y a rien de nouveau aujourd’hui», a brièvement déclaré Eric Piolle en sortant des locaux de la police judiciaire qui l’entendait dans cette enquête préliminaire.

En 2018, la chambre régionale des comptes avait signalé à la Justice «plusieurs irrégularités importantes» dans la passation de marchés publics pour l’organisation de la «fête des Tuiles», un rassemblement populaire organisé chaque année par la ville depuis l’élection d’Eric Piolle en 2014. A la suite de ce signalement, une enquête avait été ouverte en mai 2018 par le parquet de Valence, où le dossier a été dépaysé.

«Il y a pas besoin de nier quoi que ce soit. Il y a un débat posé par la chambre régionale des comptes, un débat technique», a ajouté le maire sur BFM TV. La justice, selon lui, «fait son travail». Il s’agit d’un débat «ultra-technique» a confirmé auprès de l’AFP l’avocat d’Eric Piolle, Thomas Fourrey, qui assure en outre que l’enquête n’est plus très loin de sa clôture.

Dans son rapport publié en septembre 2018, la chambre régionale des comptes indiquait que la municipalité avait, contre l’avis de son service des marchés publics, attribué par deux fois l’organisation d’une partie de cette fête à une association, baptisée «Fusées», proche de la majorité municipale. Pour l’édition 2015, un marché public de 123 455 euros avait été accordé à cette association. 

«Le service des marchés publics […] a, exceptionnellement refusé de donner son visa, la procédure ayant été menée par la direction de la communication, sans publicité ni mise en concurrence», notait le rapport. La chambre ajoutait que, pour organiser cette première édition, «la commune a recruté des personnes membres de l’association Fusées, pourtant titulaire du marché […] ce qui est contraire aux principes de la commande publique».

Elle soulignait également que, pour un autre contrat portant sur cette fête, un devis ayant valeur de contrat «a fait l’objet d’une tentative d’effacement des dates de réception», ce qui a permis «de ne pas faire figurer de dates incohérentes». La même association a été reconduite pour la seconde édition en 2016 sans mise en concurrence. «En définitive, la passation de ces marchés pour près de 300 000 euros HT (hors taxes) présente plusieurs irrégularités importantes», concluait l’institution qui dépend de la Cour des comptes.

Pour les proches d’Eric Piolle, aucun marché public n’était nécessaire pour cette fête

En réponse, l’entourage du maire, citant la réponse faite en 2018 par la mairie au rapport, fait valoir que le projet de la fête des Tuiles, avec «les caractéristiques particulières du projet associant création artistique et association du public et des citoyens, n’entre pas dans la définition de la prestation d’organisation d’événement mais bien dans la création artistique». «Ce type de prestation permet de choisir un prestataire de façon adaptée, c’est-à-dire sans mise en concurrence», poursuit l’entourage du maire. «Si cette possibilité de non mise en concurrence était offerte à la Ville de Grenoble, elle a malgré tout tenu à mettre en place une procédure qui a permis à plusieurs projets d’émerger et d’aboutir à un choix final», précise-t-il.

Selon l’avocat Thomas Fourrey, l’enquêtrice chercherait en fait à savoir si le maire de Grenoble n’a pas fait pression sur ses services pour accélérer l’organisation de cette fête, quitte à contourner la réglementation, une accusation qu’il rejette vivement, assurant que son client a simplement «signé un parapheur».

«C’est clairement un arrangement entre amis», estime cependant un ancien élu de la majorité joint par l’AFP, qui évoque des «relations fortes» entre l’édile et l’association. L’un des cofondateurs de Fusées a signé un appel de soutien à Eric Piolle en 2014, et son association a été payée pour coller des affiches durant cette campagne. Lors de l’ouverture de l’enquête préliminaire, en mai 2018, Eric Piolle avait expliqué qu’il avait respecté la procédure et qu’il était victime d’un règlement de compte politique.

Depuis, cette figure du parti Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), facilement réélue à Grenoble en 2020, a laissé planer l’hypothèse de sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. «Contrairement à d’autres, nos élu.e.s ne fuient ni ne dénigrent la justice», a réagi en langue inclusive sur Twitter le chef d’EELV Julien Bayou, assurant que la décision de la ville était «parfaitement légale».

«Je dis mon estime et amitié à Eric Piolle. Je suis certain que sa décision concernant la fête des Tuiles était la bonne», a estimé le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui a déjà témoigné une proximité avec l’élu grenoblois.

Source à l’adresse RT France