Jean-Yves Thibaudet : « J’ai été baptisé au pommard ! »

Nouveau directeur artistique de Musique & Vin au Clos Vougeot au côté de Gautier Capuçon, Jean-Yves Thibaudet cultive un lien indéfectible avec Saint-Romain, d’où sa famille est originaire. Installé de longue date aux États-Unis, le pianiste français se réjouit d’un retour en Bourgogne pour la très attendue 13e édition du festival (22-27 juin 2021).

De fidèle du festival, vous devenez directeur artistique avec Gautier Capuçon. Que dire de ce nouvel engagement ? 
D’abord, ce n’est pas quelque chose que l’on demande. C’était naturel, sur la base des liens forts entretenus avec Musique & Vin et de l’aide que nous apportions déjà. Je participe au festival autant que possible car la Bourgogne est mon pays. C’est toujours un retour aux sources pour moi. Et Bernard Hervet et Aubert de Villaine sont devenus des amis. Ce niveau d’implication supplémentaire est une histoire humaine avant tout.

Vous êtes un enfant de Saint-Romain, baptisé selon les traditions locales…
Pour mon baptême, on m’a en effet donné une cuillère en argent avec quelques gouttes de pommard. Ça m’a bien plu, paraît-il (sourires). Toute ma famille est originaire de Saint-Romain. La maison du grand-père, dans laquelle il est né, est encore là, tout comme celle de mon père, dont nous avons hérité à sa disparition. Je suis né et ai grandi à Lyon, avec le travail de mon père (ndlr, élu au Conseil municipal il fut très engagé dans la vie de la cité), mais nous passions toujours des vacances et nos retrouvailles familiales à Saint-Romain. Et bien sûr, l’endroit privilégié de la maison était la cave…

Quel est votre rapport intime au vin ? 
Grandir dans cet environnement était une chance, de ce point de vue. Nous avions plusieurs amis vignerons, qui adoraient faire déguster sur fût à mon père. Je les revois encore plonger leur pipette, j’écoutais religieusement. À table, notre père nous donnait un petit fond de vin et aimait bien expliquer ses subtilités. On en discutait. J’ai toujours été intéressé. Cette éducation m’a permis de saisir la beauté du vin et ses usages, comme on peut le faire pour la musique. 

Et Musique & Vin dans tout ça ? Vous ne pouvez pas profiter de toute la proposition…
Boire ou jouer, il faut choisir… Après le concert ou les jours où je ne joue pas, bien sûr, je profite des vignerons présents. C’est toujours un grand moment de plaisir et un apprentissage permanent, car je pose beaucoup de questions. On le répète souvent, ce sont aussi des artistes dans leur domaine.

Mine de rien, ce sera l’un de vos premiers concerts de l’année en France, depuis longtemps.
Je ne suis pas revenu en Europe depuis février 2020 (ndlr, il vit à Los Angeles depuis 1984). La semaine avant Musique & Vin, je jouerai à Nice avec l’orchestre philharmonique. Entretemps, j’ai heureusement fait beaucoup de concerts ici aux États-Unis. Je serai surtout très heureux de retrouver ma famille et voir ma maman de 91 ans, chez elle, à Lyon. Quand je viens à Vougeot, j’essaye toujours de passer le plus de temps possible ici. C’est un temps protégé dans un agenda chargé.

Ce sera l’heure des retrouvailles avec le public, aussi.
Quelle joie. Même avec les restrictions sanitaires, que nous allons évidemment suivre scrupuleusement*, il y aura toujours la place pour un peu de convivialité. Cela fait 35 ans que je joue, on prend ses habitudes sans penser que tout cela peut s’arrêter du jour au lendemain. L’artiste n’existe pas sans son public.

* Jauge fixée à 65%, soit environ 325 personnes par concert. Application du protocole sanitaire classique : distanciation, masques et gel hydro-alcoolique. Aucune obligation de présenter un test PCR.

Parlons de votre duo avec Gautier Capuçon. D’où vient cette belle complicité ?
Gautier, c’est la rencontre d’une âme sœur. Il fait partie de la famille, nous avons vécu tellement de belles choses ensemble depuis vingt ans, en tant qu’artistes et amis. J’ai eu le bonheur de voir sa carrière grandir, car il avait 19 ans à notre première rencontre en Italie. C’était un bébé ! Tous les deux, on essaye toujours de trouver des concerts ensemble. C’est une de nos règles.

Comment se concrétise votre nouvel engagement dans Musique & Vin ? 
Nous partageons la même vision du festival, dans le respect des fondations. La proposition était tout de suite d’un très haut niveau, l’attente est grande, il faut protéger cette qualité.

L’autre ambition, c’est de développer encore plus l’accompagnement des jeunes. 
Plus le temps passe, plus cela nous passionne. Gautier enseigne le violoncelle à la Fondation Louis Vuitton, je suis en résidence à la Colburn School de Los Angeles. Nous voulons donner cette opportunité aux jeunes générations. Une autre chose importante aussi, dont je serai plus particulièrement en charge car bien placé : cultiver l’amitié entre la Bourgogne et les États-Unis. David Chan (ndlr, premier violon du Met de New York, cofondateur du festival avec Bernard Hervet et Aubert de Villaine) et d’autres bienfaiteurs ont mené un superbe travail en ce sens. Et n’oublions pas que le festival a été fondé par deux des personnes les plus extraordinaires dans le monde du vin. Une association, Friends of Musique & Vin, a donc été créée pour renforcer ces relations et faire découvrir de jeunes artistes. Dans mes rêves, j’adorerais faire découvrir la Bourgogne aux élèves de la Colburn School, une école extraordinaire. 

Il se passe toujours quelque chose de singulier à Musique & Vin. Le ressentez-vous aussi ?
Tout à fait. À chacune de mes venues, la magie opérait. En tant qu’artiste, on joue toujours du mieux qu’on peut, mais la grâce ne frappe pas partout. Ça ne s’explique pas. On le ressent ou non. Cette grâce, j’ai l’impression qu’elle flotte au-dessus du Clos Vougeot. Nous en parlons souvent avec les chefs d’orchestre et musiciens qui découvrent l’endroit.

Gautier Capuçon évoquait un moment de complicité mémorable
(Il coupe) Le fou rire ! C’est à ce jour le seul de ma carrière et j’espère qu’il le restera : je ne voudrais pas qu’on pense que je ne suis pas sérieux… (sourires)


🎻  Musique & Vin au Clos Vougeot
Du 22 au 27 juin 2021 à Vougeot, Beaune et Meursault.
Jauge fixée à 65%, soit environ 325 personnes par concert.
Application du protocole sanitaire classique : distanciation, masques
et gel hydroalcoolique.
Aucune obligation de présenter un test PCR.
> Programmation et billetterie en ligne

Source à l’adresse Dijon/Beaune, le mag