Mexique : des législatives test pour le président Andrés Manuel Lopez Obrador à mi-mandat

Les résultats des élections législatives et locales qui se tiennent ce 6 juin au Mexique seront cruciaux pour l’avenir des réformes engagées par le président de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador, élu en 2018.

En proie à la pandémie et aux violences, mais avec un président ayant lancé d’importantes réformes sociales depuis 2018, le Mexique renouvelle ce 6 juin ses députés et ses responsables locaux lors d’élections législatives et locales. Un test pour le parti Morena du président Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO) à mi-mandat.

Les bureaux de vote ouvriront à 8h locales et fermeront à 18h pour un scrutin auquel sont conviés 95 millions de Mexicains, qui votent pour une nouvelle Chambre des députés, quelque 20 000 postes régionaux et 15 des 32 postes de gouverneur.

Il s’agit d’un test crucial pour AMLO, président de gauche âgé de 67 ans qui tente de conserver le contrôle de la Chambre. En deux ans et demi, Morena et ses alliés, majoritaires au Congrès, ont voté une série de réformes sociales : éducation et santé gratuites, bourses d’apprentissage, retraite universelle, renforcement de la justice, soutien au secteur public de l’énergie, etc.

Ainsi, bien que le Mexique soit l’un des pays les plus durement touchés par le coronavirus, la perspective d’un vote de sanction semble s’éloigner du fait, entre autres, du recul des indicateurs de la crise sanitaire, selon plusieurs sondages. AMLO maintient une cote de popularité de plus de 60%, et bien qu’il risque de perdre quelques sièges, il devrait conserver une majorité confortable pour faire passer ses réformes anti-néolibérales.

Ce pays de 126 millions d’habitants comptabilise près de 229 000 décès consécutifs au Covid-19. Le taux de mortalité est le quatrième au monde en chiffres absolus et le 19e pour 100 000 habitants. Se présentant comme le fer de lance contre la corruption chronique au Mexique, Lopez Obrador a été élu en 2018 pour un mandat de six ans avec un programme de réformes sociales qu’il a lancé rapidement.

Domination de justesse

L’alliance au pouvoir, dirigée par le parti Morena d’AMLO, dispose d’une majorité qualifiée à la Chambre des députés (deux tiers des 500 députés), qui est élue tous les trois ans. Selon des sondages menés par l’institut mexicain Oraculus, le parti au pouvoir pourrait cependant perdre cette domination de justesse, en passant de 333 à 322 sièges.

Morena contrôle également le Sénat – qui est renouvelé tous les six ans et n’est pas l’enjeu de cette élection – et doit donc négocier avec les autres blocs pour obtenir une majorité qualifiée. Un revers à la chambre basse pourrait affaiblir le projet présidentiel, qui promeut des réformes visant à rendre à l’Etat le rôle principal dans le secteur de l’énergie, à contre-courant des lois qui ont élargi la participation privée en 2014. 

Fortement affaiblie sous la domination de l’administration AMLO, l’opposition s’est unie dans une alliance de partis traditionnels : l’historique PRI (centre), le PAN (conservateur) et le PRD (gauche). Face à cette coalition, AMLO revendique «un changement de régime» en rupture avec le système clientéliste et corrompu, instauré durant 71 ans par le PRI jusqu’en 2000, puis maintenu par l’alternance politique du PAN, avant le retour au pouvoir du PRI de 2012 à 2018. Le président souhaite rompre avec cette alternance de «politiques néolibérales désastreuses» qui ont accentué les inégalités au Mexique où la moitié de la population est pauvre. «C’est la première fois que l’opposition fait bloc dans une logique pragmatique de tous contre AMLO», constate Ricardo Uvalle, politiste à l’université nationale autonome du Mexique (UNAM), cité par Le Monde.

L’économie mexicaine, la deuxième d’Amérique latine, s’est contractée de 8,5% en 2020 dans un contexte de contrôle strict des dépenses par le gouvernement, qui, avec la banque centrale autonome, prévoit un rebond de 6 à 7% cette année. 

Violences ininterrompues

Les élections se déroulent dans un climat de violences ininterrompues. 91 hommes politiques ont été assassinés depuis septembre dernier, date du début de la campagne. Parmi eux, 36 étaient des candidats ou en passe d’être nommés, la plupart aspirant à des fonctions municipales. Depuis 2006, date à laquelle le gouvernement a lancé une opération militaire contre les cartels de la drogue, le sang ne cesse de couler au Mexique.

Ainsi, le 5 juin au soir, René Tovar, candidat à la mairie de Cazones de Herrera, dans l’Etat oriental de Veracruz, a été abattu. Ce crime s’ajoute à l’enlèvement de Marilu Martinez, candidate à la mairie de Cutzamala de Pinzon, et à la disparition de Leonardo Torres, candidat à la mairie de San Francisco de Borja.

AMLO assure cependant que le scrutin se déroulera en toute sécurité en dépit des tentatives des cartels de peser sur le résultat du scrutin. Cependant, dans les villes de l’Etat oriental de Jalisco, où sévissent de puissants cartels, la population a peur de participer au scrutin.

Source à l’adresse RT France