Scandale des «faux positifs» en Colombie : Santos reconnaît que l’armée a tué des milliers de civils

Des milliers de civils sommairement exécutés par des militaires colombiens pour obtenir des résultats dans la lutte contre l’ex-guérilla des Farc : le scandale des «faux positifs» vient d’être confirmé par l’ex-président Juan Manuel Santos.

C’est une confirmation du sordide scandale dit des «faux positifs». L’ancien président colombien et prix Nobel de la Paix, Juan Manuel Santos, a reconnu le 11 juin que des milliers de civils avaient été sommairement exécutés par des militaires mis sous pression pour obtenir des résultats dans la lutte contre l’ex-guérilla des Farc.

Je demande pardon à toutes les mères, à tous les proches, victimes de cette horreur, du plus profond de mon âme. Que cela ne se reproduise jamais

«Je n’ai pas le moindre doute que le péché originel, ce qui au fond a permis ces atrocités, a été la pression pour faire des victimes» ainsi que «les récompenses» afférentes, a déclaré l’ex-président de droite (2010-2018) lors d’une audition volontaire devant la Commission de la vérité en Colombie. Cette dernière enquête sur le conflit d’un demi-siècle contre l’ex-guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Elle a été créée dans le cadre des Accords de paix de 2016, soutenus par Santos et qui ont conduit au désarmement de la rébellion. 

Juan Manuel Santos avait été auparavant ministre de la Défense de l’ex-président de la droite radicale Alvaro Uribe (2002-2010), sous le mandat duquel des milliers de civils ont été exécutés, présentés comme des guérilleros tués au combat.

6 402 civils tués par des militaires entre 2002 et 2008

Emu pendant son audition, Juan Manuel Santos a demandé pardon aux familles des victimes. «Je demande pardon à toutes les mères, à tous les proches, victimes de cette horreur, du plus profond de mon âme. Que cela ne se reproduise jamais», a-t-il insisté. La Juridiction spéciale de paix (JEP), qui juge les crimes les plus graves du conflit contre les Farc, a établi en février qu’au moins 6 402 civils sont morts aux mains de militaires entre 2002 et 2008, soit trois fois plus que les estimations données jusque-là par le parquet. La révélation de ces «faux positifs», en jargon militaire, a été l’un des plus grands scandales impliquant l’armée colombienne durant sa confrontation avec les rébellions d’extrême gauche. Les militaires tenaient le compte des guérilleros et narco-trafiquants tués et ces résultats «positifs» leur valaient médailles, permissions et promotions. Des milliers de morts étaient en fait des civils abattus de sang-froid.

Juan Manuel Santos a estimé qu’il s’agissait d’une «tache indélébile sur l’honneur de l’armée qui a toutes les raisons de se vanter, mais qui doit aussi avoir la force d’âme de reconnaître la vérité et de demander pardon». L’ex-président a déclaré avoir été informé des crimes commis par l’armée dès sa prise de fonction à la Défense en 2006, mais avoir minimisé la crédibilité de ces allégations, avant de recevoir des signalements du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits humains et du Comité international de la Croix-Rouge.

Source à l’adresse RT France