Sanctions et perspectives de coopération : où en sont les relations entre Roscosmos et la Nasa ?

Le patron de l’agence spatiale Roscosmos a accordé un entretien au quotidien russe Komsomolskaïa Pravda, lors duquel il est notamment revenu sur l’état de la coopération spatiale entre la Russie et les Etats-Unis.

Simultanément à la conférence mondiale sur l’exploration spatiale qui se déroule du 14 au 18 juin 2021 à Saint-Pétersbourg (baptisée GLEX-2021), le quotidien russe Komsomolskaïa Pravda a publié, le 15 juin, une longue interview du patron de Roscosmos, l’agence spatiale de la Russie. L’occasion pour Dmitri Rogozine d’exprimer, entre autres choses, sa vision de la collaboration spatiale entre son pays et les Etats-Unis.

Le chef de l’agence spatiale russe a, dans un premier temps, tenu à saluer son homologue américain, Bill Nelson, avec qui il s’est récemment entretenu par téléphone. «Malheureusement il n’y a eu qu’une seule conversation de ce type jusqu’à présent, [mais] c’était une bonne conversation, Nelson est un homme expérimenté et prudent», a déclaré Dmitri Rogozine, soulignant la proximité entre l’actuel chef de la Nasa et l’administration de Joseph Biden. «S’il veut changer certaines choses dans notre relation, et c’est entre ses mains, je suis prêt à l’aider de notre côté», a-t-il poursuivi.

Interrogé sur l’état de la coopération spatiale russo-américaine, le patron de Roscosmos a affirmé que la collaboration entre les deux pays s’étendait bien au delà des enjeux propres à l’ISS, dont l’avenir est en proie à de multiples rebondissements, notamment au sujet de son financement. Dmitri Rogozine a par exemple rappelé la reconnaissance, outre-Atlantique, d’un savoir faire-russe en matière de fabrication de moteurs de fusées. «Nos collègues américains ont des problèmes dans l’industrie des moteurs de fusée, ils ne peuvent pas renoncer si vite à nos excellents et très fiables moteurs», a-t-il assuré, faisant ici référence aux sanctions américaines votées par le Congrès dans le but d’interdire au Pentagone l’utilisation militaire de certaines pièces de fabrication russe.

Comme l’avait déjà rapporté Reuters le 7 juin, Dmitri Rogozine, qui fait lui-même l’objet de sanctions personnelles de la part des Etats-Unis et de l’UE, a déclaré que la Russie pourrait se retirer de la Station spatiale internationale (ISS) en 2025 si Washington ne levait pas rapidement les sanctions contre les entrepreneurs spatiaux russes.

Recherche spatiale, environnement : des intérêts russo-américains communs ?

Dans son dernier entretien à la Komsomolskaïa Pravda, le chef de l’agence spatiale russe a en outre évoqué des perspectives de partenariat avec la Nasa dans l’utilisation scientifique de l’espace. «Nous avons beaucoup de choses en commun et intéressantes en termes de recherche spatiale fondamentale, y compris, je l’espère, sur Vénus», a-t-il expliqué. A ce titre, il a notamment évoqué le volet environnemental : «Nous partageons un grand intérêt pour la surveillance de l’environnement, je pense que c’est également un domaine prometteur. En fait, pour construire une constellation orbitale qui puisse surveiller le CO2, les émissions et d’autres choses, je pense que seuls nos deux pays peuvent le faire. Je vais aussi en discuter avec Nelson», a fait encore savoir Dmitri Rogozine qui a rappelé qu’il devait s’entretenir de nouveau sur plusieurs de ces sujets avec Bill Nelson.

Acteur historique de l’exploration spatiale depuis l’ère soviétique, la Russie entretient aujourd’hui des collaborations avec des puissances incontournables du secteur, par exemple avec des partenaires présents sur le Vieux Continent mais aussi en Asie, en premier lieu avec la Chine. Ce 16 juin, les agences spatiales russe et chinoise ont ainsi tenu une session conjointe dans le cadre du GLEX-2021, lors de laquelle a été présentée, comme annoncé au mois de mai, la feuille de route pour la création d’une Station internationale de recherche lunaire (ILRS).

Au delà des coopérations spatiales engagées par la Russie à l’international, Dmitri Rogozine est aussi revenu sur la question d’une future station russe en orbite terrestre. Dans les faits, la construction d’une station spatiale pour le pays s’inscrit dans un triple contexte. Elle est liée d’une part à la volonté russe de développer ses capacités en matière d’observation terrestre ; d’autre part aux efforts qu’entend déployer Moscou pour l’exploration de la Lune ; et enfin, au vieillissement des infrastructures de la station spatiale internationale (ISS), dans laquelle est activement impliquée la Russie.

Source à l’adresse RT France