«Retrait de la grenade GM2L» ? La drôle d’intervention d’un syndicaliste au Beauvau de la sécurité

Une courte parenthèse syndicale lors du Beauvau de la sécurité a pu laisser penser que la grenade GM2L allait être retirée de la dotation des forces de sécurité intérieure. En réalité, une note interne en proscrit seulement le lancer à la main.

Lors de la table ronde du Beauvau de la sécurité au sujet du maintien de l’ordre ce 8 juillet, le secrétaire général du syndicat Unité-SGP a souri en se permettant un pas de côté lors de son allocution, à l’intention de Gérald Darmanin : «Je vais en profiter monsieur le ministre, n’y voyez évidemment pas de piège, mais je vous ai toujours dit que je vous dirai tout. Nous avons forcément des questions aujourd’hui, après la note du directeur de cabinet [du ministre de l’Intérieur], Pierre de Bousquet sur le retrait de la grenade GM2L.»

Cette grenade conçue et commercialisée par la société Alsetex suscite de nombreuses interrogations aussi bien dans les rangs des forces de sécurité que du côté des défenseurs des droits de l’Homme, des observateurs et des journalistes.

Au cours de l’échange, le syndicaliste a ensuite extrapolé sur les comparaisons habituelles entre le maintien de l’ordre à l’allemande et ce qui se pratique en France en précisant : «Moi je crois beaucoup aux moyens intermédiaires qui permettent une gradation dans l’utilisation de la force. […] Plus on enlèvera de barreaux à cette échelle de la gradation de la force, plus grande sera la possibilité d’aller plus vite vers le dernier barreau qui est à mon sens le recours à l’arme individuelle, à la légitime défense. Je ne travaille pas pour le fournisseur de LBD ou de GM2L, mais je pense qu’il doit y avoir une recherche permanente sur ces moyens intermédiaires pour vraiment permettre aux forces engagées d’avoir la réponse adéquate.»

Et Camille Chaize, la porte-parole de la police nationale et animatrice des débats de reprendre ensuite : «Pour revenir sur la grenade GM2L, effectivement il y a eu une note récente qui proscrit son emploi, mais seulement pour le lancer à la main. L’emploi de la grenade avec le lance-grenade est toujours permis.»

Une conséquence de la main arrachée à Redon ?

Après le retrait de la grenade Gli-F4 – responsable de nombreuses mutilations – décrétée par Christophe Castaner en janvier 2020, la grenade GM2L va-t-elle suivre le même chemin ? Cette note émanant directement du monde politique vers les opérationnels signe-t-elle une hésitation du pouvoir face à l’utilisation de ce type d’armes ?

Renseignements pris auprès d’une source policière, la «note» émanant du directeur de cabinet de Gérald Darmanin, évoquée par le responsable syndical, n’avait pas été adressée aux organisations syndicales, mais aux directions générales de la police nationale et de la gendarmerie, ainsi qu’au préfet de police. Cette circulaire est destinée aux services spécialisés dans le maintien et le rétablissement de l’ordre.

La source interrogée par RT France précise : «Il s’agit d’une circulaire très succincte d’une page qui proscrit effectivement le lancer à la main. Elle est datée du 1er juillet donc elle est forcément consécutive à l’opération de gendarmerie à Redon.»

Pour mémoire, dans la nuit du 18 au 19 juin à Redon [Ille-et-Vilaine], pendant près de sept heures, de violents affrontements avaient éclaté entre les forces de l’ordre et les participants à une free party. Un participant de 22 ans avait eu la main arrachée, mais d’après le parquet de Rennes, le 26 juin, l’enquête sur la dispersion de cette fête n’avait pas encore permis de déterminer la cause des blessures du jeune homme. Plusieurs sources sur place ont très tôt évoqué une grenade GM2L tirée justement avec un lanceur Cougar… Visiblement, l’utilisation de ce lanceur n’enlève rien à sa dangerosité pour les manifestants.

La source policière contactée par RT France complète : «A moins qu’ils ne préfèrent justement que la grenade pète le plus loin possible des gendarmes ou des policiers…»

L’usage de la grenade GM2L en situation dégradée de maintien de l’ordre, notamment lors d’une manifestation de pompiers à Paris le 28 janvier 2020, avait en effet mené à plusieurs blessures dues à des effets parfois imprévus de cette arme, notamment la projection du dispositif retard de la grenade, en incohérence avec le cahier des charges. Certains journalistes ou manifestants ont déjà été touchés par des débris vulnérants de ce type après l’explosion d’une GM2L.

La grenade GM2L engendre une désorientation due à une très forte détonation combinée à une teneur accrue en gaz lacrymogène. Elle est décriée notamment par Amnesty International pour cumuler ces effets contradictoires : en effet, comment se disperser lors qu’on est désorienté par l’effet assourdissant ?

Antoine Boitel

Source à l’adresse RT France