Accord «historique» au Conseil de sécurité sur un mécanisme d’aide transfrontalière à la Syrie

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU, dont la Russie et les Etats-Unis, ont adopté à l’unanimité une résolution prolongeant le mécanisme onusien d’aide humanitaire transfrontalière à la Syrie. Un accord historique, selon la diplomatie russe.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé ce 8 juillet à l’unanimité une résolution prolongeant de six mois renouvelables le mécanisme onusien d’aide humanitaire transfrontalière à la Syrie sans l’aval de Damas, une décision commune vue par les Etats-Unis et la Russie comme un nouveau départ dans leurs relations.

Ce mécanisme expirait ce 10 juillet. La durée de l’extension est interprétée différemment par les Etats-Unis, pour qui elle est d’un an, et la Russie, qui considère qu’il s’agit de six mois renouvelables en fonction d’un rapport attendu en fin d’année du secrétaire général de l’ONU.

La résolution décide d’une extension du mécanisme pour le seul point d’accès de Bab al-Hawa, à la frontière nord-ouest de la Syrie avec la Turquie, «avec une prorogation d’un délai supplémentaire de six mois, c’est-à-dire jusqu’au 10 juillet 2022, sous réserve de la publication d’un rapport substantiel du secrétaire général». Ce rapport devra mettre «un accent particulier sur la transparence des opérations et les progrès sur l’accès via les lignes de front pour répondre aux besoins humanitaires», précise la résolution.

Moscou espère que «ce scénario représentera un tournant »

L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a estimé qu’après le sommet récent à Genève des présidents Vladimir Poutine et Joe Biden, l’accord sur une prolongation du mécanisme était «historique». «Pour la première fois, la Russie et les Etats-Unis ont pu non seulement se mettre d’accord, mais aussi présenter un texte commun qui a été soutenu par tous nos collègues du Conseil», a-t-il déclaré. «Nous espérons qu’un tel scénario constituera un tournant dont non seulement la Syrie et la région du Moyen-Orient bénéficieront, mais pour le monde entier», a ajouté le diplomate russe, pour qui ses collègues américains ont travaillé «dans l’esprit des accords conclus lors de la rencontre à Genève entre Vladimir Poutine et Joe Biden» du 16 juillet.

Pour Vassily Nebenzia toujours, le texte de la résolution adopté ce 9 juillet est une étape importante sur la voie de la résolution de la crise syrienne et de ses conséquences. «C’est la première fois que l’accent est mis sur la nécessité d’améliorer l’approvisionnement à travers les lignes de contact», a souligné le diplomate russe.

La Russie défendait jusqu’alors la substitution de ce mécanisme transfrontalier par une aide acheminée à travers les lignes de front à partir de Damas, afin de reconnaître la pleine souveraineté du gouvernement syrien sur son territoire national.

L’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, a aussi salué la réussite de cette coopération russo-américaine. «Il est important que les Etats-Unis et la Russie aient pu s’associer dans une initiative humanitaire qui serve les intérêts du peuple syrien», a-t-elle dit après le vote. «Et c’est un moment important pour l’ONU et le Conseil de sécurité, qui ont montré aujourd’hui que nous pouvons faire plus que simplement parler. Nous pouvons travailler ensemble pour trouver des solutions et mettre en œuvre des actions», a insisté la diplomate américaine.

Human Rights Watch pas satisfait

Créé en 2014, le mécanisme transfrontalier de l’ONU s’exerce depuis un an par le seul point d’accès de Bab al-Hawa. A raison d’un millier de camions par mois, cet accès permet de desservir plus de trois millions de personnes dans la région d’Idleb (nord-ouest), dernier bastion des insurgés échappant au contrôle des autorités syriennes.

Dans un communiqué, l’ONG Human Rights Watch a de son côté regretté le maintien d’un seul point d’accès à la Syrie. «S’il est bon qu’une partie de l’aide transfrontalière des Nations unies continue d’affluer dans le nord-ouest, de nombreuses personnes dans le nord-est se verront refuser l’aide», a estimé Louis Charbonneau, directeur pour les Nations unies au sein de l’ONG.

Source à l’adresse RT France