Mise en examen d’Eric Dupond-Moretti : la gauche tacle le garde des Sceaux, la droite nuance

Eric Dupond-Moretti a été mis en examen dans l’enquête sur de possibles conflits d’intérêts avec ses anciennes activités d’avocat. Jean Castex lui a renouvelé «toute sa confiance». Les oppositions demandent des comptes au ministre et… aux juges

A l’issue de près de six heures d’interrogatoire par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République – seule juridiction habilitée à poursuivre et juger des ministres pour des infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions – Eric Dupond-Moretti a été mis en examen le 16 juillet pour prise illégale d’intérêts, sans contrôle judiciaire.

Tout en «[prenant] acte» de la mise en examen inédite du garde des Sceaux, «le Premier ministre lui renouvelle toute sa confiance et lui demande de poursuivre l’action de réforme et de confortement des moyens accordés au service public de la Justice», a écrit Matignon dans un communiqué. L’eurodéputé de La République en marche, Stéphane Séjourné, a souligné que «ce n'[était] pas à des représentants de syndicats de la magistrature de décider qui est membre ou non d’un gouvernement. Soutien à Eric Dupond-Moretti».

«L’infraction de prise illégale d’intérêts est très grave dès lors qu’elle implique que des intérêts personnels du ministre auraient guidé l’action du ministère et non les intérêts de la Nation», a réagi auprès de l’AFP la présidente d’Anticor, Elise Van Beneden, jugeant que «la question du maintien de monsieur Dupond-Moretti au gouvernement mérite d’être posée» après cette mise en examen. 

Embrayant sur une démission, l’eurodéputée de La France insoumise, Manon Aubry, rappelle que «pour la première fois, un ministre en exercice est mis en examen, qui plus est celui-là même en charge de la justice». «[Emmanuel] Macron assurait en 2017 qu’un ministre mis en examen doit quitter le gouvernement. Alors qu’attend-il ?», interroge-t-elle sur Twitter.

Le garde des Sceaux «ne peut tout simplement pas rester au gouvernement», écrit pour sa part sur le réseau social le secrétaire national d’Europe écologie les verts, Julien Bayou.

Les sénateurs socialistes (PS) appellent également à sa démission sur Twitter. «Eric Dupond-Moretti doit réagir de manière républicaine et proposer sa démission», écrivent-ils notamment.

Réactions moins virulentes à droite

A droite, les réactions sont moins tranchées, à l’instar du député Les Républicains (LR) Eric Ciotti. «Quelles que soient nos différences et elles sont importantes, je veux dire ma considération à Eric Dupond-Moretti», affirme-t-il. «Sa mise en examen traduit une profonde dérive dans l’équilibre de nos institutions et pose un réel problème démocratique», ajoute-t-il.

Dans la même veine, le maire LR de Maisons-Laffitte, Jacques Myard, assure qu’il est «un opposant déterminé au gouvernement et à Eric Dupond-Moretti mais [que] sa mise en examen est un acte politique des juges qui ont décidé de prendre le pouvoir et d’imposer le gouvernement des juges». «il est impératif de les remettre à leur place fermement, sinon la démocratie est morte !», s’exclame-t-il.

«Malgré mon inimitié et le sentiment qu’il (Eric Dupond-Moretti) nuit à la justice, il n’en est pas moins présumé innocent comme n’importe quel justiciable devrait l’être», estime de son côté l’eurodéputé du Rassemblement national, Gilbert Collard.

Son collègue RN au parlement européen, Jean-Paul Garraud, a quant à lui écrit un long communiqué sur Facebook, notant qu’il s’agissait d’«une première dévastatrice pour notre République» et dénonce : «A l’inverse de François Bayrou qui avait démissionné de son poste de ministre de la Justice bien avant sa mise en examen, l’actuel ministre va certainement rester en place malgré celle-ci avec la bénédiction du président de la République. Du jamais vu. Le nouveau monde de Macron est donc à géométrie très variable.»

Nuancé, le maire de droite radicale de Béziers, Robert Ménard considère que «même s’il [Eric Dupond-Moretti] doit évidemment bénéficier de la présomption d’innocence, ça ne va pas redorer l’image catastrophique de la classe politique»?

Source à l’adresse RT France