Pass sanitaire : Mario Draghi dans les pas d’Emmanuel Macron, Salvini vent debout contre le projet

L’Italie va instaurer à son tour le pass sanitaire, assorti d’amendes et de limitations de la libre circulation pour certains types de transports. Des personnalités de la Ligue dénoncent un mimétisme des mesures françaises jugées «extrémistes».

La péninsule italienne s’apprête à instaurer à son tour le pass sanitaire. Nommé à l’anglo-saxonne «green pass», il devrait entrer en vigueur le 1er août par simple voie décrétale. Son élaboration succède aux annonces d’Emmanuel Macron, le 12 juillet, qui ont provoqué diverses réactions en Italie. Entre soutiens et indignation, la préservation de la santé ou des libertés, c’est la Ligue qui est notamment montée au créneau par la voix de son leader Matteo Salvini qui a tweeté le 14 juillet : «Nous ne sommes pas pour les extrémismes, ni d’un côté ni de l’autre. Le “modèle français” n’est pas un modèle. #Greenpass pour qui prend l’autobus ou un café ? Hors de question. Qu’en pense Draghi ? Demandez-lui, mais les choix extrêmes ne plaisent ni à moi, ni à lui, disons-le ainsi.»

Claudio Borghi, député de la Ligue et une des têtes économiques du mouvement eurosceptique avec Alberto Bagnai, est allé plus loin en s’insurgeant contre les exhortations à imiter les mesures françaises : «Je vois des petits nazillons pousser comme des champignons. Bravo Macron, tu as au moins contribué à faire émerger la nature de certaines personnes.»

Du côté Corriere della Sera, on estime cependant que «l’essence de la démocratie n’est pas de se faire une opinion mais de se fier à qui sait». Dans une chronique publiée le 16 juillet, le quotidien a fustigé l’attitude des «no vax» alors que l’«unique chose certaine que nous sachions aujourd’hui est que le Covid est une guerre encore longue à combattre». Le chroniqueur s’imagine ainsi que le profil-type du «no vax» serait «un crétin à tendance fasciste, qui nourrit des sentiments injustifiés de rancoeur contre le savoir authentique» et qui vivrait de théories du complot «comme dans les films de 007».

Nonobstant cela, la déclinaison italienne du pass sanitaire semble néanmoins en bonne voie selon plusieurs fuites relayées par les médias italiens. Il Fatto Quotidiano égrène ainsi quelques exemples où il sera nécessaire, comme les avions, trains à grande vitesse, discothèques, salles de sport ou piscines. Une amende de 400€ pour les contrevenants serait prévue ainsi qu’une fermeture administrative de cinq jours pour les gérants d’établissements enfreignant les règles.

Les régions seront quant à elles toujours définies par un code couleur en fonction des hospitalisation d’après La Repubblica, qui estime probable que les conditions d’obtention du précieux document pourraient elles aussi changer, comme la nécessité d’avoir effectué un rappel d’un vaccin anti-Covid homologué par l’Agence européenne du médicament. Ces mesures ont été plus ou moins annoncées par le ministre italien de la Santé, Roberto Speranza (centre-gauche): «Dans une phase caractérisée par un niveau important de vaccination il est raisonnable que dans les changements de couleur et dans les mesures de confinement qui en découlent le taux d’hospitalisation pèse plus que les autres indicateurs.»

Autant d’éléments qui ont provoqué l’ire de Claudio Borghi qui a, par la suite, publié un long message sur Twitter qu’il a intitulé «décalogue antidélire» pour démontrer, chiffres et graphiques à l’appui, en quoi le retour de plusieurs restrictions sanitaires comme le green pass ou le port obligatoire du masque seraient des inepties selon lui. Claudio Borghi a pointé notamment les capacités d’accueil des lits de réanimations aujourd’hui vides, que la population à risque est déjà quasiment vaccinée dans sa globalité ou encore que la mortalité due au Covid-19 pour les moins de 40 ans est peu ou prou égale à zéro.

Repris par son collègue Alberto Bagnai qui a présenté le message comme des «faits» et par le compte officiel de la Ligue, il est rejoint par d’autres oppositions comme celle du quotidien La Verità qui a publié un article le 17 juillet affirmant que l’efficacité du vaccin contre le variant Delta serait moindre en arguant notamment que «la piqûre ne neutralise pas l’infection comme le démontrent l’Angleterre et Israël, mais elle évite les symptômes les plus graves. Forcer tout le monde à vacciner, y compris les jeunes, en utilisant l’assignation à résidence, est un non-sens.»

Le premier ministre israëlien, Naftali Benett, avait en effet déclaré le 14 juillet que l’efficacité des vaccins contre le variant Delta demeurait insuffisante et a soulevé l’éventualité d’un nouveau confinement. Du côté de la France où les mesures annoncées sont volontiers qualifiées de tyranniques, Emmanuel Macron s’est défendu de toute dérive en tançant ses détracteurs en marge de la 18e étape du Tour de France le 15 juillet à laquelle il assistait. Le même jour, Clément Beaune est allé plus loin en qualifiant les opposants au pass sanitaire de «toute petite minorité» qui «ne croit pas au progrès».

Fabrizio Tribuzio-Bugatti

Source à l’adresse RT France