La Chine prend de l’avance avec son yuan digital et veut l’internationaliser

La banque centrale chinoise annonce que des transactions pour l’équivalent de 4,5 milliards d’euros dollars ont déjà été réalisées via sa monnaie digitale. Elle réfléchit aussi à des paiements transfrontaliers.

Dans un communiqué d’une quinzaine de pages publié le 16 juillet sur son site, la Banque populaire de Chine (PBOC) annonce que, depuis sa mise en circulation en phase de test fin 2019, sa monnaie digitale, le e-CNY – le plus souvent appelée «yuan digital» –, a été utilisée dans près de 71 millions de transactions, pour une valeur totale de 34,5 milliards de yuans (4,5 milliards d’euros). Elle est d’ores et déjà présente dans les portefeuilles digitaux de plus de 20 millions de particuliers et de 3,5 millions d’entreprises.  
 
A titre de comparaison, la Banque centrale européenne (BCE) n’a annoncé que le 14 juillet le lancement d’une phase d’étude et de conception pour un euro digital. Cette phase d’étude, qui doit durer deux ans, ne devrait pas aboutir à des tests grandeur réelle avant 2025. En Chine, la phase d’étude correspondante remonte à la fin 2017, tandis que les premières études sur une monnaie numérique chinoise contrôlée par la PBOC datent de 2014.

Le e-CNY est une monnaie officielle, garantie par l’Etat, émise exclusivement par la Banque populaire de Chine et qui a la même valeur que les espèces. Tout comme le projet d’euro digital, le e-CNY est appelé à coexister avec les espèces. Mais en Chine, sous l’impulsion de géants des technologies financières comme le leader Alipay, les paiements électroniques du quotidien ont connu un développement exceptionnel : dès 2019, selon une étude réalisée par la POBC et mentionnée dans son communiqué, 66% des transactions et 59% de leur valeur totale étaient déjà réalisées via des applications sur téléphone mobile, contre 23 et 16% pour les espèces et 7 et 23% avec des cartes de paiement.

Les tests ont commencé dans les grands centres urbains de Shenzhen, Suzhou, Xiong’an, Chengdu et sur les futurs sites des Jeux olympiques d’hiver de 2022. Ils ont ensuite été progressivement étendus à six villes et provinces supplémentaires, incluant Shanghai, Hainan, Changsha, Xi’an, Qingdao et Dalian. Le e-CNY est appelé à être utilisé par toutes les banques commerciales ou institutions financières et opérateurs de paiement remplissant un cahier des charges technique et légal.

Sans compte bancaire et accessible aux étrangers

Selon la banque centrale chinoise, la mise en place du e-CNY répond à trois objectifs. Le premier est de diversifier les formes d’argent offertes au public, de satisfaire la demande du public en monnaie numérique et de renforcer «l’inclusion» en fournissant des moyens de paiement, via des portefeuilles numériques, à des personnes qui ne disposent pas de compte bancaire. La banque précise dans son communiqué que ce dernier point est valable pour des non-résidents se rendant en Chine de façon temporaire et ne disposant pas de compte bancaire dans le pays.

Le second objectif est, selon les termes de la PBOC, de «soutenir une concurrence loyale, l’efficacité et la sécurité des paiements pour le commerce de détail». Sous ce libellé sibyllin se cache la volonté de ne pas laisser le contrôle des paiements numériques aux seuls opérateurs privés chinois.

Enfin, le troisième objectif est de faire écho aux différentes initiatives internationales et d’explorer la possibilité d’utiliser le e-CNY pour des paiements transfrontaliers. Pour le moment, le yuan digital est limité à des paiements nationaux et son éventuelle utilisation par-delà les frontières chinoises dépend de nombreux facteurs liés à la convertibilité du yuan.

Vers l’internationalisation

Mais fin mars dernier, lors d’un séminaire de la Banque des règlements internationaux – qui rassemble dans son capital les 60 principales banques centrales – Mu Changchun, directeur général de l’institut de monnaie numérique de la PBOC, a fait des propositions afin de commencer à bâtir une architecture mondiale et des réglementations pour les monnaies digitales émises par les banques centrales. Il en avait profité pour proposer à ses collègues de réfléchir à la mise en place d’une «plateforme de change évolutive gérée par DLT [distributed ledger technology, nom générique en anglais des technologies de type “blockchain”] ou d’autres». La PBOC a en outre initié un projet d’étude de la question avec une unité de la Banque des règlements internationaux, ainsi que les Emirats arabes unis, la Thaïlande et l’autorité monétaire de Hong Kong.

Dans son communiqué, la PBOC déclare qu’elle «répondra activement aux initiatives du G20 et [… que] sous réserve du respect mutuel de la souveraineté et de la conformité monétaires, [elle] explorera des programmes pilotes de paiement transfrontalier et travaillera avec les banques centrales et les autorités monétaires compétentes pour mettre en place des accords d’échange et des mécanismes de coopération réglementaire».

Source à l’adresse RT France