Pourquoi l’Etat bloque-t-il le retour des vélos de Poulidor dans les Ardennes ?

Annoncée en mars par la ministre de la Cohésion des territoires, la relocalisation des vélos Mercier dans les Ardennes semble aujourd’hui compromise. Leur propriétaire serait en délicatesse avait les douanes et le fisc.

A l’appel du maire divers-droite de la commune de Révin (Ardennes) Daniel Durbecq, du député LR Pierre Cordier et de Bernard Dekens, président de l’intercommunalité Ardennes Rives de Meuse, quelque 150 personnes – selon le quotidien départemental L’Ardennais – se sont rassemblées le 3 août devant la friche industrielle qui devait accueillir une nouvelle usine de vélos dans cette commune.

Ils venaient manifester pour demander des explications sur les raisons du retrait, en dernière minute, du soutien de l’Etat à la relocalisation de la production des vélos de la marque Mercier, utilisés dans les années 1960 et 1970 par le cycliste français Raymond Poulidor. Le projet prévoyait la création de 270 emplois d’ici cinq ans et devait bénéficier de près de cinq millions d’euros de subventions publiques.

Selon l’AFP, le préfet des Ardennes, Jean-Sébastien Lamontagne, a simplement déclaré que les services de l’Etat avaient relevé des faits «suffisamment graves pour considérer en responsabilité qu’il n'[était] pas possible d’engager de l’argent public». «Le porteur de projet a fait ou fait l’objet de plusieurs enquêtes douanières et fiscales, en France et au niveau européen, dont certaines ont déjà donné lieu à des notifications de plusieurs millions d’euros à titre personnel et pour ses sociétés», ont de leur côté expliqué le 3 août à l’AFP les services du ministère de l’Economie et des Finances.

«Ces enquêtes concernent notamment du détournement de droit antidumping sur des vélos par dissimulation de l’origine de vélos importés [et] les produits de ces fraudes auraient été blanchis par des réseaux de société offshore appartenant au porteur de projet», ont précisé les mêmes sources. Elles ont ajouté que plusieurs procédures fiscales avaient été engagées contre le porteur du projet, Jean-Marc Seghezzi, et que la holding luxembourgeoise Starship Investments, qui serait l’actionnaire de la société opérationnelle française, y investirait des fonds «issus des fraudes et de leur blanchiment».

Selon les explications fournies dans l’édition ardennaise du quotidien régional L’Union «l’industriel importait des vélos fabriqués en Asie et faisait croire qu’ils étaient fabriqués en Europe». Le quotidien avance en outre que Jean-Marc Seghezzi auraît déjà dû s’acquitter d’une amende pour ces faits aux Pays-Bas.

«Le porteur de projet n’était pas clair»

Sur place le député Pierre Cordier a confié à l’AFP que des «hauts fonctionnaires» avaient appelé les élus locaux dans la soirée précédant le rassemblement à Révin pour leur dire que «le porteur de projet n’était pas clair». Pourtant, mi-mars, la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, s’était félicitée sur place du projet, y voyant «le retour du développement industriel»… avant que le dossier de subventions ait été bouclé.

Certains élus locaux semblent désormais considérer que le projet n’a plus de chance d’aboutir, comme l’a résumé le président de la communauté de communes Bernard Dekens pour qui «sans le soutien de l’Etat c’est mort ». En revanche, Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézière et vice-président du conseil régional Grand Est, chargé du développement économique a déclaré à l’AFP : «Je veux croire qu’il reste encore une petite chance […] On peut retravailler sur un nouveau montage.»

Au président du conseil régional du Grand-Est, Jean Rottner, qui avait demandé à l’Etat de revenir sur sa décision, Bercy aurait répondu que la région conservait la possibilité de financer ce projet et que les fonds qui auraient dû bénéficier au projet resteraient disponible pour le territoire.

Source à l’adresse RT France