SOS vendanges : 40 000 postes à pourvoir, la Bourgogne a besoin de bras !

Plus de 500 offres non pourvues en temps normal, 40 000 vendangeurs attendus le temps de la récolte : le secteur viticole bourguignon manque de bras. Mais les choses avancent dans le bon sens grâce au programme Vita Bourgogne, qui fête son année d’existence le 8 septembre. Entretien avec Thiébault Huber et Albéric Bichot à ce sujet.

Albéric Bichot et Thiébault Huber présidents respectivement de la FNEB et de la CAVB. Les représentants des interprofessions suivent le même rang pour doper l’emploi dans la filière, y compris lors des vendanges en Bourgogne. ©C.Remondière

Au printemps 2019, la CAVB (Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne) et la FNEB (Fédération des Négociants-Éleveurs) mènent conjointement une étude sur la base de 500 domaines et 50 maisons bourguignonnes. Par projection, l’enquête révèle que près de 700 postes salariés sont vacants sur le marché viticole de la région. La vigne recherche des tractoristes, des cavistes, des opérateurs de conditionnement, des salariés de maintenance ou de culture, et même des administratifs. Le terroir le plus en vue du monde ne trouve pas de volontaires dans ses rangs. Pourtant, les salaires sont corrects : de 1800 à 3 000 euros bruts selon les postes et les employeurs.

Ainsi nait la campagne Vita Bourgogne. « Vis les métiers de la vigne et du vin » en est l’accroche explicite. Affichage 4×3, plans médias presse et audiovisuel, campagne sur le net : rien n’est épargné pour séduire un public jeune, qui n’a sans doute pas tout perçu du potentiel qui s’offre à lui. Il faudra tout ça pour mettre un terme à un dialogue de sourds entre les organismes de formation, Pôle Emploi, la Région et les représentants des professionnels. Face aux demandes répétées et souvent alarmantes de ses membres, la filière viticole s’est organisée pour provoquer l’électrochoc.

Thiébault Huber et Albéric Bichot représentent respectivement la CAVB et la FNEB. À eux deux, ils représentent plus de 4 500 domaines, 400 maisons de vins, auxquels s’ajoutent 17 coopératives. Soit 2,5 % du PIB de la région et 45 000 emplois directs et indirects. Les chiffres sont têtus. Ils montrent à quel point le vin, avant de faire plaisir, fait vivre. Surtout en Bourgogne.

L’union fait la force et a en grande partie payé. Même si on dénombre encore « plus de 500 offres non pourvues dont 60% sont des CDI », souligne Albéric Bichot, le président de la maison beaunoise du même nom. « Avec une attitude de plus en plus vertueuse pour nos sols, les besoins en main d’œuvre vont plutôt en augmentant » rebondit Thiébault Huber, vigneron à Meursault. Le changement de pratiques est bénéfique au marché de l’emploi. Dans le même temps, les évolutions technologiques élèvent le niveau des compétences, donnent de l’intérêt au travail effectué tout en atténuant sa pénibilité.

Des postes à pourvoir pour les vendanges en Bourgogne

Vita Bourgogne est une mine d’or pour les candidats. Ces derniers peuvent ainsi apprécier les témoignages vidéo de (vrais !) salariés de la filière et se laisser séduire par les animations efficaces qui expliquent les différents métiers auxquels ils pourraient avoir accès. Cette expérience a au passage révélé deux grandes dissonances entre la vision que la filière a de ses propositions et le grand public : le périurbain ne connaît rien des métiers en question, la filière est associée à tort à une image de patriarcat et de pénibilité. Voilà qui est dit.

Le ton de la campagne casse heureusement les idées reçues. « Allez viens, on a tous un grain ! », ou encore « Allez viens, si toi aussi t’as du jus ! » sont les messages portés par des salariés de la filière, via des visuels très largement diffusés. Réseaux sociaux, webmarketing, affichage intensif, radio, événementiels… servent la cause d’une viticulture qui ne demande qu’à être mieux aimée.

La Bourgogne avance à hue et à dia entre le prestige mondial de son vignoble et l’inaccessibilité de son foncier, qui laisse peu d’espace aux créateurs de domaines par exemple. Pourtant, se former et travailler en Bourgogne, c’est un gage de qualité, un modèle pour d’autres vignobles qui sont ouverts à des initiatives entrepreneuriales. Vita Bourgogne valorise l’humain à juste titre. À l’humain de se valoriser aussi et de voir qu’une expérience ici peut mener (très) loin dans un secteur passionnant de diversité et de sens. On peut même commencer par les vendanges en Bourgogne. En juillet de cette année, il y avait encore 40 000 postes à pourvoir dans la région (lire encadré ci-contre). Une paille !

SOS VENDANGES !
Voici venu le temps des vendanges. Avec son lot habituel d’incertitudes et un SOS rituel pour trouver de la main d’œuvre. Chez Bichot, par exemple, cela représente 200 personnes dont les deux tiers sont fidélisés. Petite valeur ajoutée, le repas du midi est offert à la cuverie. Au domaine Huber-Verdereau à Meursault, on loge tout le monde, soit 45 vendangeurs et 3 personnes en cuisine. A chacun son style. Les vendanges sont un travail, certes, mais avec une dimension rituelle et culturelle qui épouse les subtilités du terrain. La scène de la paulée tournée par Klapisch dans son film Ce qui nous lie est révélatrice de cette ambiance dans laquelle se retrouvent chaque année une quarantaine de milliers de vendangeurs, dont près de la moitié sont des étrangers recrutés par intérim. Allez sur vitabourgogne.com, regardez-bien l’onglet Vendanges, vous y trouverez même les domaines parmi les plus prestigieux de la planète vin. Ils n’attendent que vous, vos bras et votre motivation.

Source à l’adresse Dijon/Beaune, le mag