Monténégro : tensions et violences lors de l’intronisation du chef de l’Eglise orthodoxe serbe

C’est dans une ambiance extrêmement tendue que le nouveau chef de l’Eglise orthodoxe serbe au Monténégro a été intronisé. Des opposants qui répondaient à l’appel du président et d’organisations «patriotiques» l’accusent de servir Belgrade.

Le nouveau chef de l’Eglise orthodoxe serbe au Monténégro a été intronisé ce 5 septembre sous la protection de commandos de la police qui a dispersé des manifestants hostiles à coups de gaz lacrymogènes. De quoi augmenter l’aggravation des tensions identitaires qui sévissent dans ce petit Etat des Balkans.

L’évêque Joanikije a été amené jusqu’au monastère de Cetinje, siège de l’Eglise orthodoxe serbe (SPC), par hélicoptère afin de contourner les barricades qui bloquaient depuis la veille les routes d’accès à cette petite ville du sud du pays.

Les tensions sont montées d’un cran au Monténégro depuis l’annonce de la tenue de la cérémonie dans le monastère de Cetinje, l’ancienne capitale royale. C’est là que se situe le siège de la SPC mais l’édifice constitue aussi un symbole de «souveraineté» pour une partie des Monténégrins.

Le Monténégro est devenu indépendant de la Serbie en 2006 après quasi 90 ans de vie commune mais entretient  néanmoins des relations complexes avec sa voisine.

Un tiers des 620 000 habitants s’identifient comme serbes et certains nationalistes dénient au Monténégro une identité séparée. L’Eglise orthodoxe serbe est la religion dominante du petit Etat mais ses adversaires l’accusent de servir les intérêts de Belgrade. L’Etat monténégrin tente de réduire l’influence de l’Eglise orthodoxe serbe, à travers le soutien à l’Église autocéphale du Monténégro créée en 1993 et par l’adoption d’une loi controversée sur les affaires religieuses adoptée fin 2019.

Selon des images diffusées par l’Eglise, l’évêque Joanikije et le patriarche de la SPC, Porfirije, ont été déposés par hélicoptère sur la pelouse du monastère où ils se sont engouffrés sous une volée de cloches.

Un périmètre de sécurité avait été mis en place par les policiers autour de l’édifice datant du XVe siècle pour protéger la brève cérémonie d’intronisation.

Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes ainsi que des bombes assourdissantes pour chasser les protestataires des abords du monastère.

La veille, des milliers de manifestants avaient mis en place des barricades sur les routes à l’aide de rochers ou de voitures.

Beaucoup de manifestants avaient passé la nuit sur ces barrages autour de feux allumés pour se réchauffer, a rapporté une correspondante de l’AFP. Certains protestataires étaient armés et ont tiré en l’air tandis que d’autres ont incendié des pneus.

Les protestataires ont abandonné les barrages alors que débutait la cérémonie d’intronisation.

Une mobilisation à l’appel du président et d’organisations «patriotiques» 

Ils répondaient à l’appel d’organisations qui se proclament «patriotiques» ainsi que du parti DPS du président monténégrin Milo Djukanovic, battu voici un an aux élections législatives par une coalition proche de la SPC.

Le président, qui avait annoncé sa présence à Cetinje «où se défend la dignité de l’Etat», accuse les autorités de la Serbie voisine et la SPC de «nier le Monténégro et les Monténégrins, ainsi que l’intégrité» de son pays.

Le monastère de la ville, où ont siégé les dirigeants monténégrins pendant des siècles jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, est considéré par les opposants à la SPC comme la propriété de l’Eglise orthodoxe monténégrine, qui reste très minoritaire et qui n’est pas reconnue par le monde orthodoxe.

Mais le nouveau gouvernement comme la SPC accusent le président monténégrin d’attiser les tensions religieuses à des fins politiques alors que les dernières législatives ont mis fin à trois décennies de règne de son parti.

Pour le Premier ministre monténégrin Zdravko Krivokapic, proche de l’Eglise serbe, Milo Djukanovic est «l’inspirateur et l’initiateur des tensions».

Le chef du gouvernement a appelé «tous les citoyens honnêtes monténégrins à ne pas céder à la manipulation de ceux qui sont prêts à pousser les frères dans un conflit, afin de garder leurs bénéfices et privilèges».

Joanikije succède à l’archevêque Amfilohije, décédé en 2020 des suites du Covid-19, après avoir dirigé la SPC au Monténégro pendant trente ans.

Dans un premier temps, la SPC avait annoncé que l’intronisation donnerait lieu à une célébration populaire devant le monastère de Cetinje. Mais face à la montée des tensions, elle y a renoncé, organisant à la place, le 4 septembre au soir, un grand rassemblement de fidèles devant une église de Podgorica, la capitale du Monténégro.

Source à l’adresse RT France