Algérie : quel bilan laisse derrière lui Abdelaziz Bouteflika ? (DEBAT)

Younes Belfellah, consultant en relations internationales, et Riadh Sidaoui, expert du monde arabe, débattent du bilan de l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika, décédé le 18 septembre 2021.

L’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika a été inhumé le 19 septembre à Alger dans un carré du cimetière El Alia, où reposent plusieurs héros de la guerre d’indépendance. Bien qu’ayant dirigé le pays pendant deux décennies, l’ancien chef de l’Etat a eu droit à moins d’honneurs que ses prédécesseurs. Au cours d’un débat diffusé sur RT France le 20 septembre, le consultant en relations internationales, Younes Belfellah s’est dit peu étonné du manque d’entrain manifesté par les autorités algériennes pour rendre hommage à l’ancien président qui dirigea le pays de 1999 à 2019.

Pour lui, les balbutiements protocolaires seraient dus à l’image controversée de l’ancien président ainsi que la peur de provoquer de nouvelles manifestations hostiles envers les autorités algériennes. Le consultant en relations internationales a ainsi déclaré qu’Abdelaziz Bouteflika avait toujours entretenu une relation «compliquée» avec l’armée. Pour Younes Belfellah, cette relation tendue explique, selon lui,  en partie la relative «discrétion» des obsèques de l’ancien président. Ce dernier a ainsi rappelé qu’en 2019, l’armée avait «saisi l’occasion des contestations [du Hirak] pour faire défection au régime de Bouteflika.»

Le directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (Caraps), Riadh Sidaoui, a salué de son côté le rôle prépondérant joué par Abdelaziz Bouteflika dans la politique de «réconciliation nationale» qui mit fin à plus de dix ans de guerre civile en Algérie (1991-2002). Pour lui, Abdelaziz Bouteflika a su permettre à l’Algérie de «rayonner de nouveau sur la scène internationale.» 

Néanmoins, si l’ancien président a pu se targuer d’avoir ramené la paix en Algérie, sa décision de modifier la Constitution en 2009 pour briguer un troisième, puis un quatrième mandat, s’est révélée controversée. Un sentiment partagé par Riadh Sidaoui qui considère qu’Abdelaziz Bouteflika a commis «sa plus grande faute» en modifiant la Constitution qui limitait alors à deux le nombre de mandats présidentiels, lui permettant de facto de se représenter à nouveau. 

Au cours des échanges, Younes Belfellah a regretté le manque de volontarisme de l’ancien président algérien dans le but de réformer l’économie du pays dépendante du prix des hydrocarbures. Il a en conséquence jugé que pendant vingt ans de présidence de Bouteflika, la manne pétrolière ait essentiellement servi à «acheter la paix sociale».

Pour sa part, Riadh Sidaoui tient l’entourage de l’ancien président pour responsable de la mauvaise santé de l’économie du pays. Les proches de Bouteflika ayant profité de l’état de santé précaire de l’ancien président pour «accélérer la corruption et tirer profit» des richesses du pays. 

Source à l’adresse RT France