Forte amende requise pour une manipulation du classement des grands crus de Saint-Emilion

Un œnologue copropriétaire d’un célèbre château de la région bordelaise est jugé pour prise illégale d’intérêts. Des concurrents l’accusent d’avoir manipulé le classement des grands crus de Saint-Emilion en sa faveur.

Une amende de 100 000 euros partiellement assortie de sursis a été requise, ce 20 septembre, contre Hubert de Boüard, grande figure du Bordelais et copropriétaire du célèbre château Angélus. Il est accusé par trois propriétés recalées à ce classement d’avoir été juge et partie dans les choix de la liste des grands crus de Saint-Emilion.

Hubert de Boüard, 65 ans, et Philippe Castéja, 72 ans, important négociant et propriétaire du château Trotte Vieille, répondent depuis le début de la semaine à Bordeaux de «prise illégale d’intérêts» pour leur implication présumée, à des degrés divers, dans l’élaboration du classement des grands crus de Saint-Emilion, qui garantit à ses lauréats des retombées commerciales et financières. Concernant Philippe Castéja, le représentant du ministère public a laissé une éventuelle sanction à «l’appréciation» du tribunal.

Dans ce procès scruté par le monde viticole, les deux prévenus ont nié en bloc avoir usé d’une quelconque influence. En 2012, la nouvelle mouture du classement de Saint-Emilion avait promu Angélus premier grand cru classé «A», sommet de la pyramide, et maintenu Trotte Vieille «B», récompensant huit autres propriétés pour lesquelles Hubert de Boüard était consultant ou superviseur.

Les deux prévenus étaient alors membres du comité national des vins de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), rattaché au ministère de l’Agriculture. Cet organe est chargé de valider le règlement du classement et ses résultats, élaborés par une commission dont il nomme les membres. Le principal accusé Hubert de Boüard était en outre membre de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) des vins de Saint-Emilion, qui a participé à l’élaboration du cahier des charges avec l’INAO selon l’instruction.

«Irrégularités» et «malveillances»

Eric Morain, avocat des parties civiles a dénoncé dans sa plaidoirie «des petits arrangements entre amis [au sein de] «deux organismes aux liens incestueux», dans lesquels Hubert de Boüard a joué un rôle «pivot», en étant «parfaitement conscient» de son influence. Les trois propriétés déchues, des domaines de taille modeste précédemment toujours classés, ont évoqué à l’ouverture du procès des «irrégularités» et des «malveillances» ayant débouché sur une destitution «incompréhensible». 

La procédure judiciaire entamée depuis neuf ans – qui comporte aussi un volet administratif – a connu de multiples rebondissements, dont le plus étonnant a été en 2019 un rare appel par le parquet – qui avait requis le non-lieu – de la décision de renvoi en correctionnelle. Le procureur adjoint Jean-Luc Puyo a fait un virage à 180 degrés par rapport à de premier jugement et déclaré qu’il ne partageait pas «l’analyse juridique» faite à l’époque par le parquet.

Il a souligné la «participation parfois dynamique» d’Hubert de Boüard «tout au long de la procédure de classement». Il l’a aussi appelé «un définisseur, un impulseur», jugeant Philippe Castéja «bien plus en retrait». 

Source à l’adresse RT France