Les pénuries de matières premières freinent le redémarrage de l’économie allemande

Les pénuries de matériaux sur les marchés mondiaux vont nettement freiner la reprise de la première économie européenne. En conséquence, les principaux instituts économiques ont revu à la baisse leur prévision de croissance pour 2021.

Dans un communiqué commun, les principaux instituts économiques allemands (DIW, IFO, IFW, IWH et RWI) ont révisé à la baisse leur prévision de croissance pour 2021, à 2,4% alors qu’ils prévoyaient 3,7% en avril, après une chute de 4,9% en 2020.

L’actuelle tension sur les marchés d’approvisionnement en matières premières, en freinant la production dans le secteur manufacturier, est la cause de cette dégradation des perspectives à court terme. Et l’index mensuel de mesure de la confiance des dirigeants d’entreprises industrielles s’en ressent en baissant pour la troisième fois consécutive.

La pandémie a déstabilisé les chaînes mondiales d’approvisionnement, conduisant à des goulots d’étranglement notamment sur les marchés des composants électroniques, du bois, des plastiques et de l’acier. «Cela a un effet de ralentissement sur la production et sur notre chiffre d’affaires», explique à l’AFP Ralph Wiecher, chef économiste pour l’organisation des machines-outils VDMA. De son côté le ministère de l’Economie a confirmé que «les goulots d’étranglement en matière d’approvisionnement constituent le plus grand risque pour l’évolution de l’économie».

Selon une étude de la banque publique KFW, une PME allemande sur deux (48%) fait actuellement face à des problèmes de livraison. «L’économie allemande est plus connectée à l’international, dont elle est plus dépendante que beaucoup d’autres pays de l’UE», explique à l’AFP Carsten Brzeski, économiste pour la banque ING. «En conséquence, elle atteindra son niveau d’avant la crise plus tard que la plupart des autres pays», ajoute-t-il.

Chute des commandes et de la production

La production industrielle a plongé de 4% en août sur un mois, tout comme les commandes, qui se sont écroulées de 7,7%. Les exportations, qui n’avaient cessé de grimper depuis la première vague de Covid-19 en avril 2020, ont fléchi de 1,2%. Le secteur automobile, poumon de l’économie nationale mais plombé par la rareté des semi-conducteurs, est en grande difficulté. «L’économie allemande doit se préparer à un automne difficile», a résumé récemment le lobby industriel BDI.

En 2022, l’économie allemande devrait néanmoins «retrouver une utilisation normale de ses capacités» et la hausse du PIB atteindre 4,8%, avant de retomber à 1,9% en 2023, selon les instituts.

Mais certains anticipent une crise d’approvisionnement plus longue : selon un sondage de la société de conseil Inverto, les trois quarts des chefs d’entreprises estiment qu’elle durera les 18 prochains mois. Ces pénuries pourraient aggraver la hausse des prix qui inquiète déjà les ménages allemands. Tirée par les tarifs de l’énergie, l’inflation a atteint en septembre son plus haut niveau depuis 1993, à 4,1%. Ce cocktail explosif de faible croissance et de forte inflation rappellerait la période post-choc pétrolier dans les années 70. Il avait provoqué une envolée du taux de chômage dans la plupart des économies européennes.

Source à l’adresse RT France