Etats-Unis : le soldat jugé pour avoir critiqué ses supérieurs sur l’Afghanistan plaide coupable

L’officier détenu pour avoir publié une vidéo dans laquelle il critiquait les dirigeants des Etats-Unis pour leur gestion du retrait d’Afghanistan a reconnu avoir eu un «comportement grave», et tenu des propos «indignes d’un officier».

Le 14 octobre, l’officier des Marines mis en détention provisoire pour avoir publié une vidéo dans laquelle il critiquait les dirigeants civils et militaires des Etats-Unis pour leur gestion du retrait d’Afghanistan a plaidé coupable de tous les chefs d’accusation pour lesquels il était inculpé. 

Selon le site spécialisé Task & Purpose, le lieutenant-colonel Stuart Scheller est accusé d’outrage envers des fonctionnaires, de manque de respect à l’égard d’officiers supérieurs, de désobéissance délibérée à un officier supérieur, de manquement à ses devoirs, de désobéissance à un ordre ou à un règlement, et de conduite indigne de la part d’un officier.

La peine maximale encourue par Stuart Scheller est une lettre de réprimande et la confiscation des deux tiers de son salaire pendant un an. L’officier de carrière aurait également demandé à quitter le corps des Marines, mais le type de renvoi dont il fera l’objet sera décidé par le secrétaire à la Marine des Etats-Unis.

Les Marines inquiétés par des appels à la révolution

Les procureurs ont accusé Stuart Scheller de ces infractions au Code de justice militaire à la suite des commentaires qu’il a émis depuis le 26 août, date à laquelle il avait publié une vidéo sur Facebook et Linkedin mettant en cause les hauts responsables militaires américains après la confirmation qu’un certain nombre de Marines avaient été tués dans l’attentat suicide ayant eu lieu à Kaboul le 26 août.

Suivez-moi et nous ferons tomber tout ce p***** de système !

Trois jours plus tard, le Marine avait publié une autre vidéo dans laquelle il annonçait son intention de démissionner et lançait un appel en ces termes : «Suivez-moi et nous ferons tomber tout ce p***** de système !» 

Selon les documents juridiques obtenus par Task & Purpose, les responsables du Corps des Marines étaient préoccupés par les appels répétés de Stuart Scheller à déclencher une «révolution». Les commentaires de l’officier portant sur la lutte contre le système ne se seraient pas limités pas aux réseaux sociaux. Les procureurs affirment que Stuart Scheller aurait écrit dans un formulaire que le domaine professionnel qu’il souhaitait rejoindre était la «révolution», en ajoutant ces termes : «Je rejette votre système. Je prévois de changer le système […] Chaque génération a besoin d’une révolution. Il est temps de changer.»

Je vais mettre le feu au système

Par ailleurs, Stuart Scheller est accusé d’avoir prononcé ces mots peu de temps après avoir été relevé de son commandement : «Je vais mettre le feu au système. Et si les gars en janvier n’avaient pas été une bande de mauviettes, mais des gars qui savaient ce qu’ils faisaient ? Ils ne pouvaient pas nous arrêter. Que pouvaient-ils faire ?» L’un des avocats de Stuart Scheller a déclaré que son client n’exprimait pas son soutien aux partisans de Donald Trump qui s’étaient introduits dans le Capitole le 6 janvier dernier, mais qu’il commentait plutôt la faiblesse de la sécurité du bâtiment.

Un mea culpa de la part de Stuart Scheller

Le 16 septembre, Stuart Scheller annonçait qu’il avait l’intention de porter plainte contre le général Kenneth McKenzie Jr – le chef du United States Central Command, en charge des opérations militaires au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Asie du Sud –  suite à la mort de 13 membres des forces armées américaines tués dans l’attentat suicide de l’aéroport de Kaboul. Stuart Scheller avait alors été placé en détention provisoire pour avoir continué ses publications, malgré l’ordre qui lui avait été donné de cesser de publier tout commentaire sur les réseaux sociaux.

Toujours selon Task & Purpose, le lieutenant-colonel a admis avoir sciemment désobéi à cet ordre écrit. Il a également admis avoir eu tort d’apparaître en uniforme et de se présenter comme un officier du corps des Marines en service actif dans les vidéos incriminées, ainsi que dans une autre dans laquelle il avait lancé un appel aux dons dans le but d’aider sa famille et de financer ses frais de justice. «Ces actions étaient fautives, et elles ont […] sollicité des fonds auprès d’un public qui dépasse la communauté de la base militaire et créé un événement public susceptible de compromettre la dignité de l’uniforme du corps des Marines», a écrit Stuart Scheller. 

L’officier a décrit tous ses commentaires comme étant «des écarts de conduite graves, [et pas] simplement inappropriés ou de mauvais goût», et a déclaré qu’ils «reflétaient une forme d’indécence et d’anarchie qui étaient moralement inappropriées et indignes d’un officier».

Si Stuart Scheller a plaidé coupable pour ses déclarations, il a néanmoins défendu son intention initiale : «Je pensais que les officiers généraux ne parvenaient à assumer leurs responsabilités», a-t-il ainsi déclaré à un juge militaire le 14 octobre. «J’ai fait ce que je croyais être des déclarations sincères sur leur incompétence», a poursuivi l’officier, tout en reconnaissant que «souligner leurs échecs professionnels» était un «manque de respect» et nuisait «au respect que leur rang exige».

Source à l’adresse RT France