Bolivie : accusée de «génocide», l’ex-présidente par intérim nominée pour le prix Sakharov

L’ancienne présidente bolivienne par intérim est nominée pour le prix Sakharov du Parlement européen malgré des accusations de «génocide» pesant sur elle depuis la répression sanglante de manifestations en novembre 2019, qui avait fait 38 morts.

L’ancienne présidente bolivienne par intérim, Jeanine Anez, fait partie de la dernière sélection du prix Sakharov du Parlement européen «pour la liberté de l’esprit» qui sera décerné le 20 octobre, et ce alors que cette dernière est accusée de «génocide» par la justice de son pays.

L’ancienne dirigeante a été nominée par le groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR). «Avec la nomination de Mme Anez, le groupe ECR entend dénoncer les pratiques antidémocratiques auxquelles ont recours les régimes d’extrême gauche d’Amérique latine contre les forces d’opposition. L’Union européenne est dans l’obligation de pousser à la libération des prisonniers politiques et d’aider à rétablir les principes démocratiques et l’Etat de droit», précise un communiqué publié le 14 septembre sur le site internet du groupe parlementaire européen.

Jeanine Anez, accusée d’avoir perpétré un «coup d’Etat sanglant» contre Evo Morales

Jeanine Anez avait prêté serment en novembre 2019 comme présidente par intérim de la Bolivie. Elle succédait alors à Evo Morales, sorti pourtant vainqueur de l’élection présidentielle, mais faisant face à des accusations infondées de fraude électorale portée de l’opposition. Après une campagne de violentes manifestations pendant laquelle 38 personnes avaient été tuées, Evo Morales, lâché par la police et par l’armée, avait démissionné avant de trouver refuge en Argentine.

La victoire de Luis Arce, le dauphin d’Evo Morales à l’élection présidentielle d’octobre 2020, a tout d’abord conduit à des dépôts de plainte contre Jeanine Anez, accusée d’avoir réalisé un «coup d’Etat sanglant» contre l’ancien président. Le 13 mars 2021, la justice bolivienne avait ordonné le placement en détention préventive de l’ancienne présidente par intérime sous les chefs d’accusation de «sédition» et «terrorisme». Plusieurs de ses anciens ministres, ainsi que des dirigeants militaires et de la police, avaient également été arrêtés.

Mais les ennuis de Jeanine Anez ne s’arrêtent pas là. Un rapport du groupe d’experts indépendants de la Commission interaméricaine des droits de l’homme rendu le 17 août 2021 est venu confirmer que des massacres avaient bien été perpétrés en 2019. Le rapport a été utilisé par le parquet bolivien pour accuser l’ex-présidente par intérim de «génocide» en raison de l’usage disproportionné de la force contre des manifestants pendant le mois de novembre 2019 — une répression qui avait fait 38 morts. Le parquet a lancé la procédure, le 20 août, en admettant l’accusation des familles des victimes.

Prix Sakharov : des lauréats controversés 

Cité par RFI, le procureur de la nation Wilfredo Chavez a voulu justifier la qualification de «génocide». «Ce à quoi on fait référence, ici, c’est le massacre sanguinaire qui est l’une des expressions du génocide. Une tuerie de civils, de personnes désarmées, dont le regroupement ne nécessitait absolument pas un tel déploiement militaire», a-t-il déclaré.

Le prix Sakharov est remis chaque année par le Parlement européen. Créé en 1988, il récompense «des personnalités collectives ou individuelles qui s’efforcent de défendre les droits de l’homme et les libertés fondamentales». Le choix de certains lauréats est parfois loin de faire l’unanimité. En 2018, le Parlement européen avait décerné ce prix au cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, condamné à 20 ans de prison pour terrorisme et trafic d’armes. L’année précédente, l’opposition vénézuélienne a été primée alors que celle-ci ne reconnaissait pas la légitimité du président Nicolas Maduro, pourtant élu. 

Source à l’adresse RT France