«Un test pour la crédibilité» : lutte à distance entre Macron et Johnson pour la pêche post-Brexit

Le ton monte de chaque côté de la Manche : Emmanuel Macron a estimé que l’attitude de Londres n’était «pas une grande preuve de […] crédibilité» et Boris Johnson a annoncé qu’il ferait «le nécessaire pour défendre les intérêts britanniques».

Dans une interview au Financial Times publiée dans la soirée du 29 octobre, le président français Emmanuel Macron a estimé que la «crédibilité» du Royaume-Uni était en jeu dans les différends post-Brexit sur les licences de pêche et le protocole nord-irlandais. Plus tôt dans la journée, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait promis de «faire le nécessaire» pour défendre les intérêts de son pays dans le conflit qui l’oppose à la France autour des licences de pêche post-Brexit. Les deux hommes devraient se rencontrer en tête-à-tête à Rome au cours du week-end, en marge du sommet des dirigeants du G20 qui précède la COP26 à Glasgow.

«Nous ferons le nécessaire pour défendre les intérêts britanniques», a déclaré Boris Johnson aux journalistes dans l’avion à destination de Rome où il doit participer au sommet du G20 ce week-end, avant de poursuivre en ces termes : «La France est l’un de nos meilleurs, de nos plus vieux, de nos plus proches alliés, amis, partenaires [et] les liens qui nous unissent, qui nous lient, sont bien plus forts que les turbulences actuelles dans notre relation […] Et c’est ce que je dirai à Emmanuel [Macron], qui est un ami, que je connais depuis des années.»

La France reproche au Royaume-Uni d’accorder en trop petit nombre des licences de pêche post-Brexit à ses pêcheurs. Elle a menacé d’interdire dès le 2 novembre aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer les contrôles douaniers de camions, si la situation ne s’améliorait pas d’ici-là. 

Nous nous tiendrons prêts à prendre des mesures appropriées

«Nous craignons que cela soit une infraction aux termes de l’Accord de commerce et de coopération [entre Londres et l’Union européenne]», a déclaré Boris Johnson, ajoutant que, si la France mettait ses menaces à exécution, son gouvernement se tiendrait prêt à «prendre des mesures appropriées». En représailles, le Royaume-Uni envisage de mettre en œuvre des «contrôles rigoureux» sur les bateaux européens frayant dans ses eaux. Il envisage en outre de «lancer une procédure de règlement des contentieux» prévue par l’accord commercial post-Brexit.

Pour Emmanuel Macron, la crédibilité de Boris Johnson est en jeu

Emmanuel Macron s’est quant à lui exprimé en ces termes dans le quotidien économique britannique : «Ne vous y méprenez pas, ça ne concerne pas que les Européens mais tous leurs partenaires. Car quand vous passez des années à négocier un traité et que, quelques mois plus tard, vous faites l’opposé de ce qui a été décidé sur les aspects qui vous conviennent le moins, ce n’est pas une grande preuve de votre crédibilité.»

Le président français a assuré qu’il n’y avait eu ni «provocation» ni «tension» sur la question des droits de pêche. «Nous devons nous respecter [mutuellement et] respecter la parole qui a été donnée», a-t-il cependant déclaré. Tout en estimant qu’il s’agissait d’un «test pour la crédibilité» du Premier ministre britannique et de son gouvernement, le président français s’est dit sûr de la «bonne volonté» du Royaume-Uni. 

A Londres, l’ambassadrice de France au Royaume-Uni Catherine Colonna a cependant été convoquée le 29 octobre, une démarche rarissime entre pays alliés. Elle est repartie sans un mot après seulement 20 minutes d’entretien au Foreign Office, où la secrétaire d’Etat Wendy Morton lui a «exprimé sa déception concernant le ton de confrontation employé de manière constante par le gouvernement français, qui ne rend pas la situation plus facile à résoudre», selon le compte rendu britannique.

L’accord post-Brexit – conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles – prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques, à certaines conditions. Londres affirme avoir accordé 98% des demandes de licences de navires de l’UE pour pêcher dans ses eaux, un chiffre contesté par la France, qui parle de 90%. Dans les zones encore disputées en particulier, Londres et Jersey ont accordé un peu plus de 210 licences définitives, mais Paris en réclame encore plus de 200.

Source à l’adresse RT France