Après 25 ans de service, l’Algérie ferme les vannes de son gazoduc transitant par le Maroc

Alors que les deux pays voisins ont rompu leurs relations diplomatiques après plusieurs épisodes de tensions, Alger a décidé de ne pas renouveler l’accord de transit par le Maroc de son gazoduc GME.

En service depuis 25 ans, le gazoduc GME reliant l’Algérie à l’Espagne via le Maroc ne fournira plus de gaz, après que le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décidé le 31 octobre de ne pas reconduire le contrat d’exploitation, sur fond de tensions entre les deux pays du Maghreb. Les livraisons de gaz algérien à l’Espagne se feront désormais par le gazoduc sous-marin Medgaz, mis en service en 2011.

«Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné la cessation des relations commerciales entre [le groupe public] Sonatrach et l’Office marocain de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et le non renouvellement de l’accord qui expire [le 31 octobre] à minuit», a déclaré la présidence dans un communiqué. 

Ce contrat permettait au Maroc de bénéficier de 50 à 200 millions de dollars par an de droits de passage sur son territoire, explique le site algérien TSA. En contrepartie du transit du gazoduc, Rabat recevait en outre annuellement près d’un milliard de m3 de gaz naturel, ce qui représente 97% de ses besoins, et lui permettait de produire 10% de son électricité.

Sur ce point, un spécialiste marocain proche du dossier cité par l’AFP a jugé que les conséquences pour la consommation locale sont «marginales dans la mesure où le Maroc a une capacité de production électrique qui couvre largement ses besoins». L’ONEE marocain a de son côté affirmé que la décision algérienne «n’aura dans l’immédiat qu’un impact insignifiant sur la performance du système électrique national». 

L’Algérie dénonce des «pratiques à caractère hostile» 

La présidence algérienne a expliqué qu’Abdelmadjid Tebboune avait pris cette décision «au vu des pratiques à caractère hostile du [Maroc] qui portent atteinte à l’unité nationale». Fin août, l’Algérie avait rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, évoquant déjà des «actions hostiles» de son voisin, une décision que Rabat avait jugé «complètement injustifiée». 

Traditionnellement difficiles, les relations entre le Maroc et l’Algérie se sont davantage tendues l’année dernière quand l’ancien président américain Donald Trump a décidé de reconnaître la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental, en contrepartie d’une normalisation des relations du Maroc avec Israël. La question du statut de ce territoire oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario, dont la revendication d’autodétermination est notamment soutenue par l’Algérie. Par ailleurs, Alger exprime régulièrement son soutien à la cause palestinienne.

Par ailleurs, Alger avait rappelé en juillet son ambassadeur à Rabat pour consultations avec effet immédiat, à la suite de «la dérive de la représentation diplomatique marocaine à New York qui a distribué une note officielle aux pays membres du Mouvement des non-alignés dans laquelle le Maroc « soutient publiquement et explicitement un prétendu droit à l’autodétermination du peuple kabyle »», avait expliqué le ministère algérien des Affaires étrangères.

Alger rassure Madrid sur sa capacité à honorer ses engagements 

Malgré la fermeture de ce gazoduc, Alger entend rassurer Madrid sur le respect de ses engagements. Comme le rappel l’APS, le ministre espagnol des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, José Manuel Albares Bueno a reçu les assurances de l’Algérie sur ce point à l’issue de sa visite fin septembre.

«Concernant l’énergie, j’ai reçu la garantie d’Alger pour l’approvisionnement adéquat de l’Espagne en gaz. Il y a un engagement de la partie algérienne à satisfaire la demande espagnole», a-t-il affirmé à l’issue d’une réunion de travail avec son homologue algérien, Ramtane Lamamra.

Les autorités algériennes ont fait part de leur côté du lancement de travaux d’élargissement du Medgaz et d’une augmentation des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) par voie maritime. 

Source à l’adresse RT France