Haïti : misère, blocages et violences des gangs, le pape tire la sonnette d’alarme

Alors que la situation devient de plus en plus extrême en Haïti, le pape François a demandé aux dirigeants du monde de ne pas abandonner ce pays en proie à une grande pauvreté et à la violence des gangs.

Les conditions de vie deviennent de plus en plus extrêmes pour la population haïtienne : le pays fait face à une grave crise économique, politique, sécuritaire et humanitaire. Pour ne rien arranger, en sus des catastrophes naturelles qui frappent l’île régulièrement, depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse des groupes armés appelant à la démission du Premier ministre Ariel Henry contrôlent de vastes territoires, empêchant le passage de toute marchandise, et des gangs multiplient les prises d’otages pour se faire de l’argent.

Tirant la sonnette d’alarme sur cette situation intenable lors d’une prière le 31 octobre, le Pape François a appelé les dirigeants du monde à aider Haïti, comme le rapporte Vatican News. «Combien de souffrance, combien de douleur il y a en cette terre, et combien d’abandon… Ne les abandonnons pas !», a supplié le souverain pontife depuis les fenêtres la place Saint-Pierre au Vatican. «Je demande aux responsables des nations de soutenir ce pays, de ne pas le laisser seul», a-t-il ajouté, en conseillant en outre aux fidèles de s’informer sur la situation en Haïti et de prier pour ses habitants.

Le président de la République Dominicaine, Luis Abinader lui a emboité le pas, en exhortant lui aussi «la communauté internationale» à agir d’urgence face à la situation de crise en Haïti. Et pour cause, la République dominicaine, qui se trouve sur la même île qu’Haïti, est la première destination vers laquelle les Haïtiens tentent d’échapper à leur sort. «La communauté internationale, en particulier les Etats-Unis, le Canada, la France et l’Union européenne, doit agir en Haïti et de toute urgence. La République Dominicaine poursuivra le plan annoncé avec des mesures d’immigration plus strictes», a écrit Luis Abinader sur son compte Twitter en interpellant nommément Joseph Biden, Emmanuel Macron et Justin Trudeau.

Haïti, pays francophone des Caraïbes, affronte ces derniers mois une série d’événements qui accentuent les épreuves que sa population affronte. Un séisme survenu le 14 août a fait plus de 2 200 morts, détériorant des conditions de vie déjà critiques pour les habitants. Au niveau politique, l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet, a aggravé le délitement de l’Etat et désormais, des gangs contrôlent certains quartiers faisant des enlèvements l’une de leurs principales sources de revenus. Depuis le 16 octobre, 17 membres d’une ONG missionnaire américaine sont retenus et menacés de mort par une de ces organisations criminelles. Ces gangs ont commis 782 enlèvements contre rançon depuis le début de l’année, selon le Centre d’analyse et de recherches en droits humains, basé à Port-au-Prince, cité par l’AFP.

Les gangs bloquent le pays, l’Etat «failli»

Les gangs contrôlent également depuis peu les accès aux terminaux pétroliers, ce qui engendre des pénuries de carburant, d’électricité et d’eau.

Ne bénéficiant d’aucun ravitaillement privilégié, les structures hospitalières sont contraintes de réduire drastiquement leurs activités. «Il n’y a pas de courant dans l’hôpital pour faire fonctionner les appareils, il n’y a pas de carburant, il n’y a rien», témoigne en créole sur internet Rachilde Joseph, étudiante en médecine à Port-au-Prince, citée par l’AFP. La femme de 26 ans, qui s’était fait connaître en publiant des vidéos humoristiques sur les réseaux sociaux, n’a aujourd’hui plus le cœur à rire. «On aimerait rester dans le pays pour offrir des soins, surtout aux gens en province qui en ont tant besoin, mais le pays ne nous donne pas cette chance», déplore-t-elle, ajoutant qu’Haïti «allait malheureusement finir par perdre tous ses jeunes».

Confrontés à un chômage massif, des milliers de jeunes haïtiens avaient déjà émigré vers l’Amérique latine à partir de 2014. Des dizaines de milliers d’entre eux ont espéré s’installer aux Etats-Unis croyant, à tort, pouvoir bénéficier d’une politique migratoire plus clémente de l’administration Biden et ont donc traversé le continent durant l’été 2021. Réunis début septembre sous un pont à la frontière entre le Mexique et le Texas, plus de 7 500 ont finalement été expulsés vers Haïti par les services migratoires américains.

Ariel Henry, nommé deux jours avant le meurtre de Jovenel Moïse, dirige aujourd’hui par intérim le pays mais oppose un silence radio total à la montée en puissance des gangs sur Port-au-Prince, qui paralyse toute activité. «Le gouvernement, qui n’existe que par nom, ne contrôle rien du tout, même pas le périmètre de ses locaux», réagit auprès de l’AFP l’économiste haïtien Etzer Emile pour qui «la crise du carburant est le dernier exemple d’un Etat failli».

Source à l’adresse RT France