« La pénurie et la flambée du prix des engrais commencent à inquiéter !! » L’édito de Charles SANNAT

Mes chères impertinentes, chers impertinents,

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La flambée des prix des engrais inquiète les agriculteurs français.

C’est le titre de cet article de l’AFP source ici qui reprend l’inquiétude bien légitime de nos agriculteurs mais qui ne semble pas encore susciter d’émois particuliers chez nos aimables dirigeants qui se réveillent toujours en retard d’une guerre et une fois la bataille perdue et la débâcle bien engagée.

« Les prix des engrais azotés flambent depuis plusieurs semaines. Or, ils assurent les rendements des cultures, et il n’existe pas vraiment d’alternatives.
La facture est salée pour les agriculteurs français : les prix des engrais azotés atteignent des sommets depuis la rentrée. La tonne d’ammonitrate 33,5 %, l’un des fertilisants les plus utilisés en France, coûte plus de 750 euros ces jours-ci, contre 300 euros environ au printemps.

L’urée, qui grimpe à 805 euros, a quasiment quadruplé depuis le début de l’année. Une véritable flambée du marché des engrais. « Jusqu’en septembre, la hausse était raisonnable, mais aujourd’hui c’est de la folie », s’inquiète Thierry Coué, vice-président de la FNSEA, le principal syndicat agricole français, et président de sa section bretonne.

Mais de quoi parle-t-on avec les engrais azotés ? L’azote est un élément indispensable à la croissance des plantes : on le retrouve naturellement dans la terre. Assimilé par les végétaux, il participe à la croissance des parties aériennes (les tiges et les feuilles) et à la photosynthèse. Mais pour assurer de meilleurs rendements dans les champs, il faut apporter davantage d’azote aux plantes que ce qu’elles peuvent trouver dans le sol, et c’est là qu’interviennent les engrais azotés. On peut utiliser ces engrais sous forme liquide (solution azotée) ou sous forme solide (ammonitrate, urée).

Pour fabriquer ces fertilisants, il faut de l’ammoniac. Ce dernier est issu… du gaz naturel, dont les prix s’enflamment depuis quelques semaines. Le gaz naturel représente pas moins de 80 % du coût de production de l’ammoniac, ce qui se répercute sur les prix des engrais azotés au bout de la chaîne. Face à l’explosion de leurs coûts de production, les usines des fabricants d’engrais tournent au ralenti, voire ont été arrêtées – le groupe norvégien Yara, l’un des géants du secteur, a ainsi réduit de 40 % sa production d’ammoniac. Moins de production, c’est moins d’engrais sur le marché ».

D’ailleurs, voici ce que donne la hausse des prix de l’amoniac en un seul graphique très justement repris et mis en valeur par l’analyste en chef de Bloomberg Javier Blas sur son compte Twitter.

Et l’AFP de poursuivre son article. « Lorsque les prix ont commencé à monter au cours de l’été, certains agriculteurs ont préféré attendre. « C’est aussi la conséquence d’une mauvaise récolte en 2020 : quand on ne sait pas ce qu’on va gagner cette année, on ne pense pas à l’année prochaine », ajoute François Gibon, délégué général de la Fédération du négoce agricole (FNA), maillon entre les fabricants et les agriculteurs. »Il y a un risque possible de pénurie pour les engrais azotés, car les agriculteurs n’ont pas encore couvert 100 % de leurs besoins et la disponibilité est toujours limitée », explique Isaure Perrot, analyste pour le cabinet Agritel. « Ce risque existe à plus forte raison que s’y ajoutent les problèmes logistiques à l’échelle mondiale, et la forte hausse du coût du fret. On observe déjà des retards de livraisons et cela pourrait s’aggraver », ajoute-t-elle.

Mauvais timing, car les importations se tarissent. Une grande partie de la fabrication d’engrais azotés a quitté depuis longtemps l’Hexagone, dont la production nationale ne couvre aujourd’hui qu’un tiers des besoins de son agriculture. L’urée et la solution azotée, massivement importées de Russie, des Etats-Unis ou de Chine, se font rares, en raison des difficultés logistiques et des restrictions des exportations. Et la France a peu de stocks pour y faire face: les dépôts d’engrais, en raison de leur potentielle dangerosité, sont très réglementés (c’est l’explosion d’un stock d’ammonitrates qui a dévasté Beyrouth en 2020). »On fait le nécessaire pour assurer la continuité de la production » d’ammonitrates et « la situation est stable aujourd’hui », assure Florence Nys, déléguée générale de l’Union des industries de la fertilisation (Unifa), qui rassemble les industriels français du secteur. « Sur l’approvisionnement, pour la production française, il n’y a pas de pénurie en soi », assure-t-elle, car « aucune usine n’est actuellement à l’arrêt en France ».

Sauf que nous sommes dans une situation très difficile. Soit nos agriculteurs payent le prix fort et ils sont servis en engrais hors de prix ce qui augmentera en gros leurs coûts d’exploitation de 30 à 40 % à l’hectare ce qui est considérable, soit ils ne s’approvisionnent pas et les rendements chuteront. Ils payeront moins, réduiront leurs apports mais également leurs rendements donc leurs revenus.

Il est possible pour partie de cultiver davantage de plantes moins gourmandes en azote, comme c’est le cas pour le maïs ou le colza, ou les légumineuses comme le soja, pois, ou haricots, mais cette stratégie si elle peut aider à limiter la casse n’est pas non plus viable parce que nos agriculteurs ne peuvent pas planter que du colza par exemple ni que des lentilles puisque la farine de lentilles pour faire du pain, ce n’est pas le summum !

« Dans un communiqué commun, quatre associations spécialisées de la FNSEA ont estimé que le surcoût pour l’agriculture française pourrait atteindre 4 milliards d’euros, « sans tenir compte de la hausse des autres charges, notamment le coût du gaz nécessaire au séchage du maïs ». Cela augure-t-il d’une hausse des prix des céréales ? La flambée des engrais a commencé à se calmer, mais l’heure n’est pas encore à la baisse. Une bonne récolte est encore possible si le marché se détend d’ici le printemps et que l’on évite la pénurie, malgré les tensions logistiques ».

Une raison d’espérer la baisse du prix du gaz en Europe !

Il y a un espoir. Celui de voir durablement les prix du gaz russe baisser, car le véritable sujet c’est celui du prix de l’énergie. Pour fabriquer des engrais azotés il faut de l’énergie abondante et pas chère. Or Poutine a demandé à Gazprom de se concentrer sur l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Dans le même temps, toutes les usines très énergivores cessant leurs activités pour des raisons de rentabilité comme c’est le cas pour les usines d’engrais partout dans les pays de l’Est, cette hausse des approvisionnements attendues à partir de 8 novembre s’accompagne également d’une baisse de la demande (celle liée aux grosses industries).

Les prix du gaz en Europe sont donc très clairement orientés à la baisse.

Une fenêtre de tir dans les 2 mois à surveiller. 

Il existe de très nombreuses inconnues sur l’évolution du prix du gaz à court terme. Si le reflux des cours se confirme, alors la production d’engrais azotés pourra reprendre, cette dernière redevenant rentable. Il faudra quelques semaines avant que les usines ne reprennent leur rythme de croisière. Si les prix se détendent il y aura une fenêtre d’opportunités d’achat d’ici deux mois environ.

Si l’hiver est très froid et que la demande en énergie européenne explose alors il se pourrait que les prix du gaz ne descendent pas avant le printemps prochain ou en tous les cas avant fin février début mars. Ce sera la seconde fenêtre potentielle d’opportunité.

Il y a une probabilité importante que nous vivions pendant plusieurs mois avec une volatilité très forte des cours de l’énergie, rendant très difficiles pour les industriels les décisions de reprise ou non d’activité, donc attention, il faut que la baisse de prix soit durable.

Pour le reste et tendanciellement, les prix de l’énergie vont poursuivre leur hausse continue. Tout sera de plus en plus cher, et nos agriculteurs en première ligne pour affronter la hausse des prix. Les prix des cours, eux, devraient être également orientés à la hausse et être favorables à nos agriculteurs.

Il serait logique que dans ce contexte inflationniste nous ayons également une inflation importante des productions agricoles.

Achetez vos raviolis !

Quant à notre gouvernement, il ferait bien de s’affoler un peu sur cette histoire d’approvisionnement en engrais de nos exploitants agricoles, car si les gilets jaunes ont le ventre vide, ils seront de très, très mauvaise humeur, méchante humeur même.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
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