Pédocriminalité dans l’Eglise : à Paris et à Lourdes, évêques et fidèles font pénitence

Evêques, responsables religieux et fidèles catholiques étaient réunis à Lourdes et Paris afin de faire pénitence et en mémoire des victimes de pédocriminalité au sein de l’Eglise catholique.

Les évêques catholiques, des responsables de congrégations religieuses et des fidèles ont «fait mémoire» et pénitence ce 6 novembre à Lourdes (Hautes-Pyrénées) pour les victimes de pédocriminalité dans l’Eglise, soutenues par des collectifs, dans le sanctuaire, mais aussi à Paris.

Après avoir reconnu le 5 novembre sa responsabilité dans les crimes sexuels sur mineurs et leur dimension «systémique» ces soixante-dix dernières années, l’épiscopat, réuni en assemblée plénière depuis le 2 novembre, a accompli «deux gestes» symboliques.

Un geste mémoriel d’abord : une photo, prise dans une église par une victime, montrant une sculpture représentant une tête d’enfant pleurant, a été dévoilée. Scellée au mur de l’hémicycle dans lequel se réunit l’épiscopat, elle préfigure la construction d’un «lieu de mémoire», décidée en mars par les évêques, mais dont les modalités restent à définir.

«Ici, ensemble, rassemblés pour recevoir le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase), nous voulons marquer ce lieu de Lourdes pour un premier témoignage visuel qui fera mémoire de tant de violences, de drames et d’agressions», a affirmé Hugues de Woillemont, le porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF).

Véronique Margron, présidente de la Corref (ordres religieux), a souligné le «malheur» et l’«effondrement» qui ont «fait intrusion dans des existences qui ne demandaient qu’à grandir, vivre, faire confiance».

Relève les personnes qui souffrent, nous t’en supplions à genoux

Second geste : les 120 évêques, qui n’étaient pas vêtus de leurs habits liturgiques à la demande des victimes, les religieux, des prêtres et laïcs se sont ensuite rendus sur l’esplanade de la basilique Notre-Dame du Rosaire. Après le tintement lent du glas, ils ont participé à une prière de pénitence et demandé «pardon à Dieu».

«Relève les personnes qui souffrent, nous t’en supplions à genoux. Donne-nous de les écouter et de faire ce qu’elles nous demandent», a demandé Eric de Moulins-Beaufort, président de la CEF.

«J’ai vécu ces moments avec beaucoup d’émotion», a déclaré à l’AFP Véronique Garnier, qui participe régulièrement aux travaux de la CEF, après la cérémonie. Il était important de «nous rendre justice».

Au contraire, une personne se présentant comme victime, enfant, d’un prêtre appartenant à la congrégation des pères de Bétharram, implantée près de Lourdes, a lui, crié sa «colère» sur l’esplanade.

«La repentance, c’est pipeau», a dénoncé Jean-Marie Delbos, 75 ans, affirmant ne pas être entendu par l’Eglise. Il a réclamé devant la presse, que son prédateur, «revenu dans sa communauté, soit sanctionné et défroqué». Véronique Margron est venue à sa rencontre.

Des fidèles réunis à Paris pour réclamer «les 4 R»

Ce 6 novembre après-midi, une vingtaine de fidèles, rubans violets attachés au bras ou autour du cou, se sont rassemblés derrière une banderole réclamant «les 4 R», à l’appel du collectif De la parole aux actes. «R» comme «reconnaissance», «responsabilité», «réparation» et «réforme».

Membres d’associations engagées dans l’Eglise (contre l’emprise spirituelle ou en faveur d’une plus grande place des femmes pour les autres), ils ont lu à haute voix des témoignages de victimes consignés dans le rapport de la Ciase, qui a dévoilé début octobre l’ampleur du phénomène de pédocriminalité dans l’Eglise.

«On veut dire aux victimes qu’on les soutient», a souligné devant la presse Anne Reboux, 64 ans, se présentant comme une «laïque de base» du diocèse de Toulouse. «On a notre rôle à jouer : plus les laïcs s’investiront» dans la vie de l’Eglise, «moins il y aura la tentation, pour la hiérarchie, d’abuser de son pouvoir», a-t-elle affirmé.

A Paris, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées devant le siège de la CEF en soutien aux victimes.

La Ciase a estimé à 330 000 les personnes de plus de 18 ans ayant fait l’objet de violences sexuelles en France depuis 1950, quand elles étaient mineures, de la part de clercs (prêtres ou diacres), religieux ou personnes en lien avec l’Eglise (surveillants d’internats, responsables de mouvements de jeunesse etc.). Elle évalue à au moins 3 000 le nombre des prédateurs.

Des décisions fortes, notamment sur la réparation des victimes, y compris dans sa dimension financière, sont attendues lundi, lors de la clôture des travaux de la CEF.

Source à l’adresse RT France