Les sous-marins nucléaires américains construits pendant 30 ans avec de l’acier non-conforme

Une ancienne ingénieure métallurgiste qui a travaillé à la construction de nombreux sous-marins américains pendant 30 ans a admis devant une cour de justice avoir falsifié des tests de résistance de l’acier qui servait à construire ces derniers.

Les sous-marins nucléaires de l’US Navy ont été construits avec un matériau non conforme, une ingénieure métallurgiste américaine ayant falsifié pendant 30 ans des tests de résistance d’un acier supposé endurer des pressions intenses en plongée et des températures extrêmes. Elaine Thomas, 67 ans, a plaidé coupable le 8 novembre de fraude majeure devant un tribunal de l’Etat de Washington, dans le nord-ouest des Etats-Unis, pour avoir falsifié ces tests afin de dissimuler le fait que l’acier coulé dans sa fonderie ne répondait pas toujours aux critères exigés par l’US Navy, a fait savoir le département américain de la Justice dans un communiqué.

Elle risque 10 ans de prison et un million de dollars d’amende lorsque le juge rendra son verdict en février prochain. Elaine Thomas, qui fut l’une des premières femmes ingénieures métallurgistes du pays dans les années 1970, supervisait les tests de la fonderie de la société Bradken à Tacoma, dans la banlieue de Seattle.

Cette fonderie proche de la grande base de sous-marins de Kitsap est la seule du pays capable de produire de l’acier suffisamment résistant pour répondre aux exigences de l’US Navy, et c’est à elle que s’adressent les grands groupes de défense qui construisent les sous-marins d’attaque américains, comme General Dynamics ou Huntington Ingalls Industries.

A chaque fonte d’acier destiné aux sous-marins, une partie du métal doit être coulé dans un moule-test d’une épaisseur similaire à celle des pièces de la structure du submersible à renforcer pour résister aux pressions énormes des profondeurs. Ce moule-test est ensuite analysé pour s’assurer que chaque production correspond aux stricts critères fixés par le Pentagone.

Or, entre 1985 et la mise à la retraite d’Elaine Thomas en 2017, la moitié des moules produits par l’usine de Tacoma ne répondaient pas à ces critères et elle a donc amélioré les résultats obtenus en corrigeant les chiffres à la main.

L’ingénieure jugeait «stupide» que l’US Navy exige des tests menés à -100 degrés Fahrenheit

Dans certains cas, elle a expliqué l’avoir fait parce qu’elle jugeait «stupide» que l’US Navy exige que des tests soient menés à -100 degrés Fahrenheit (-73 degrés Celsius). Dans d’autres, elle a expliqué avoir utilisé son «jugement d’ingénieure», corrigeant un chiffre parce que tous les autres paraissaient bons. La fraude a été découverte lorsqu’Elaine Thomas a réduit son activité avant de prendre sa retraite et que ses tests ont été examinés par un stagiaire qui a alerté la direction de la fonderie. En juin 2020, l’entreprise Bradken a reconnu sa responsabilité et accepté de payer une amende de 11 millions de dollars.

Elaine Thomas a «mis en place et utilisé un système avec l’intention d’escroquer l’US Navy», selon l’acte d’accusation. Elle a «falsifié les résultats de plus de 240 productions d’acier, ce qui représente une part substantielle de l’acier que Bradken a produit pour la Navy».

Pour sa défense, l’ancienne métallurgiste a affirmé n’avoir «jamais eu l’intention de compromettre l’intégrité du matériel».

Elle s’est dite «satisfaite que les tests du gouvernement ne suggèrent pas que l’intégrité structurelle d’un quelconque sous-marin ait de fait été compromise», selon la défense. Mais selon le ministère de la Justice, l’US Navy «a dû prendre des mesures importantes pour s’assurer de la sécurité des sous-marins affectés».

L’US Navy s’est abstenue de tout commentaire. Entre 1985 et 2017, le Pentagone a pris possession de dizaines de sous-marins, dont une quarantaine sont encore en service.

Source à l’adresse RT France