Après un blocage jugé injustifié, Assange finalement autorisé à se marier à la prison de Belmarsh

Julian Assange est finalement autorisé à épouser sa fiancée Stella Moris dans la prison de Belmarsh à Londres. Pour ce faire, le couple a dû engager une action en justice contre la directrice de la prison et le ministre de la Justice.

«Bonne nouvelle : le gouvernement britannique a reculé 24 heures avant l’échéance. Julian et moi avons la permission de nous marier à la prison de Belmarsh», a tweeté ce 12 novembre Stella Moris, avocate et compagne de Julian Assange avec qui il a eu deux enfants quand il était réfugié dans l’ambassade d’Equateur à Londres.

La femme de 38 ans s’est dite «soulagée mais toujours en colère qu’une action judiciaire ait été nécessaire pour mettre un coup d’arrêt à l’interférence illégale à notre droit élémentaire à nous marier». Stella Moris avait annoncé quelques jours auparavant avoir engagé une procédure à l’encontre de la directrice de la prison de Belmarsh, Jenny Louis, et du secrétaire d’Etat à la justice, Dominic Raab, contre le refus des autorités de permettre leur union. Le 7 novembre, la fiancée d’Assange exprimait ainsi sa colère : «Julian et moi essayons de nous marier mais ce qui devrait être un processus simple et un droit sacré est illégalement entravé par des éléments sinistres de l’Etat. Nous empêcher d’exercer notre droit fondamental à une vie de famille est du harcèlement. C’est illégal, et c’est mal.»

Un mariage serait un moment de bonheur, un peu de normalité dans des circonstances insensées. 

Cité par The Guardian et l’AFP, un porte-parole de l’administration pénitentiaire a déclaré pour sa part : «la demande de monsieur Assange a été reçue, examinée et traitée de la manière habituelle par la directrice de la prison, comme pour tout autre prisonnier». Or, selon ce que rapporte le Dailymail, le mariage a failli ne pas se faire. En mai 2021, Stella Moris avait approché une première fois l’aumônier de la prison pour lui demander d’organiser une cérémonie. Puis, le 7 octobre, Julian Assange a officiellement demandé au bureau de la directrice de la prison d’accepter son mariage à Belmarsh mais il n’a obtenu aucune réponse. Le 14 octobre, les avocats du couple ont demandé à la prison d’autoriser Stella Moris et un greffier du bureau d’enregistrement à rendre visite ensemble à Assange afin que le couple puisse notifier son intention de se marier. Trois demandes qui n’ont obtenu aucune réponse.

Les autorités britanniques accusées d’abus de pouvoir

La directrice de la prison Jenny Louis a fini par leur notifier que leur demande serait renvoyée au Service des poursuites judiciaires de la Couronne mais les avocats du couple ont alors protesté en disant que cela n’était pas justifié étant donné qu’il n’y a aucune poursuite ou accusation au Royaume-Uni contre Julian Assange. Le couple a décidé alors d’entamer une action en justice accusant Dominic Raab et Jenny Louis d’avoir «abusé de leur pouvoir sur Assange, de se comporter de manière irrationnelle et injuste et de priver le couple et leurs enfants de leurs droits fondamentaux», rapporte le Dailymail. Les autorités avaient jusqu’à ce 12 novembre pour répondre, ce qu’elles ont fait la veille, reculant finalement.

Nous espérons nous marier avant 2022 !

«Un mariage serait un moment de bonheur, un peu de normalité dans des circonstances insensées. Julian a besoin de s’accrocher car la vie quotidienne est un combat pour lui à Belmarsh et il y a tellement d’incertitudes quant à son avenir», expliquait Stella Moris dans le Dailymail du 7 novembre. «Notre amour l’un pour l’autre est la seule chose qui nous a permis de traverser ces épreuves et être mariés serait un autre rempart dans nos défenses émotionnelles», ajoutait-elle. «Merci à tous pour vos bons vœux ! Je les imprimerai et les enverrai à Julian demain. Nous espérons nous marier avant 2022 !», a écrit Stella Moris après l’annonce de l’autorisation de mariage le 11 novembre.

Comme le rappelle le Guardian, les prisonniers ont le droit de demander à se marier en prison en Grande-Bretagne en vertu de la loi sur les mariages de 1983. Les gouverneurs examinent ensuite les demandes et, si elles sont acceptées, le coût du service est pris en charge par le prisonnier plutôt que par le contribuable.

Lâché par le président équatorien Lenin Moreno, Julian Assange a été arrêté par la police britannique le 11 avril 2019 après avoir passé sept années réfugié dans l’ambassade d’Equateur où il avait demandé l’asile politique alors qu’il luttait pour éviter une extradition vers la Suède qui l’aurait conduit aux Etats-Unis où il est poursuivi pour espionnage et piratage informatique et où il risque 175 ans de prison. Les 12 premiers mois de sa détention à la prison de Belmarsh correspondent à l’application de sa condamnation pour avoir violé sa liberté conditionnelle en 2012 dans le cadre de poursuites en Suède, abandonnées en 2017.

Il reste encore aujourd’hui détenu à la prison de haute sécurité de Belmarsh où il ne purge aucune peine depuis plus d’un an et demi mais où il est contraint de rester en attendant l’issue de la demande d’extradition des Etats-Unis à son encontre. Toutes ses demandes de liberté conditionnelle ont été refusées par la justice britannique. En janvier, une juge a rejeté son extradition vers les Etats-Unis mais un appel a été déposé par Washington, dont le résultat est toujours en attente.

Source à l’adresse RT France