161e vente des vins des Hospices de Beaune : mode d’emploi en 5 points

Les Hospices civils de Beaune et son domaine viticole ont choisi de confier leur vente aux enchères à un nouveau commissaire priseur. Un détail qui n’en est pas un, alors que le millésime 2021 sera rare en Bourgogne. Voici quelques repères pour en prendre la mesure avant le jour J du 21 novembre. 

Les Hospices de Beaune, comment ça marche ?

L’histoire des Hospices Civils de Beaune a commencé en 1443 par la volonté de Nicolas Rolin et Guigone de Salins de construire un hôpital : l’Hôtel-Dieu. Les fondateurs ont fait œuvre de charité et acte de mécénat, instituant ainsi une tradition qui a permis aux Hospices de Beaune de traverser l’histoire dans des conditions exceptionnelles.

Aujourd’hui, les Hospices Civils de Beaune regroupent les centres hospitaliers de Beaune, Arnay-le-Duc, Seurre et Nuits-Saint-Georges. Le centre hospitalier Philippe Le Bon à Beaune est l’établissement support du Groupement Hospitalier de Territoire du Sud Côte-d’Or. L’originalité de cette institution se situe dans la nature de son patrimoine constitué d’une part d’un monument historique, l’Hôtel-Dieu du XVe siècle, qui n’accueille plus de patients ni de résidents depuis le début des années 1980 ; d’autre part d’un prestigieux domaine viticole à Beaune de 60 hectares. Toutes ces vignes morcelées du Mâconnais au Chablisien proviennent de legs et de donations.

Leur production est commercialisée chaque année aux enchères le 3e dimanche de novembre, dans le cadre de la vente de charité sous les halles de Beaune. C’est la plus célèbre et la plus ancienne vente de charité viticole au monde (1859). Fidèles à leurs valeurs fondatrices, les Hospices de Beaune soutiennent chaque année une (ou plusieurs) œuvre caritative en lui versant les profits de la vente d’une pièce de vin, dite « Pièce des Présidents ». Le produit de la vente, quant à lui, est réservé à l’entretien du patrimoine ainsi qu’à la modernisation des équipements et bâtiments hospitaliers.

En 2021, un nouvel organisateur : Sotheby’s

Mario Tavella, le directeur France de Sotheby’s, était naturellement ravi d’être lié à l’événement beaunois pour les cinq prochaines années au moins. Et l’Italien l’a dit en conférence de presse, dans son accent chantant : « Il n’y a pas de plus grand honneur pour notre équipe internationale de contribuer à cette vente. Nous allons attirer l’attention sur le rôle fondamental des Hospices et sur la très grande qualité de leurs vins. » 

L’équipe de Sotheby’s Wine fait valoir son savoir-faire avec modestie. « On en a appris et on en apprendra encore sur le sujet. Tout le monde connaît la Vente et les Hospices de Beaune sans vraiment les connaître. À ce titre, nous voulons amener de la transparence », résume le boss opérationnel, qui peut compter sur 5 personnes entièrement dédiées aux préparatifs de l’événement beaunois, dont son président Jamie Ritchie et son bras droit Amayès Aouli. Le maire Alain Suguenot n’a pas manqué de glisser aux organisateurs son espoir d’enregistrer « le même chiffre d’affaires que l’an dernier » (14,3 millions d’euros frais de vente compris en 2020, soit le deuxième score historique). Vœu pieux, tant le petit volume de 2021 (349 pièces) n’a rien de comparable aux autres années.

Une récolte historiquement rare

« Les cieux ont mis un peu de piment sur la Vente des Vins », résume dans une pirouette le maire Alain Suguenot, à l’évocation des conditions de récolte. Et Ludivine Griveau, la régisseuse du domaine des Hospices, de délivrer son habituelle pédagogie, implacable, limpide : « Comprendre un millésime, c’est comprendre son point de départ. On a beaucoup résumé 2021 au fameux épisode de gel. Je nuancerais cette tendance : en réalité, tout part de l’explosion de la végétation entre le 25 et le 30 mars, avec des températures avoisinant les 30 degrés. L’anomalie climatique réelle majeure, c’est ce pic de chaleur. Puis le gel s’est installé, la végétation a été bloquée durant un mois. Les vignes étaient chétives. C’était le début de la guerre des nerfs. Mi-mai, on a pu avoir un réel aperçu de la vendanges future. Le mildiou et oïdium ayant été vaincus, nous pouvons nous satisfaire d’une très belle qualité malgré un rendement historiquement rare. »

Ludivine Griveau et François Poher. L’une ne va pas sans l’autre, et réciproquement. La régisseuse du domaine des Hospices de Beaune et le directeur des Hospices civils forment un tandem uni pour le bien de l’institution hospitalière. © Iannis Giakoumopoulos

Vendanges tout-terrain et choix en cuverie

Ludivine Griveau veille sur les vins des Hospices depuis 2015. C’est la première fois qu’elle doit à ce point composer avec trois éléments pour décider de sa date de vendange : la maturité des baies, l’état sanitaire et la météo ont pesé à égalité dans la balance. Là où les conditions étaient « très confortables auparavant », il a donc fallu évoluer sur un fil cette année. Le domaine des Hospices a un grand point fort, unique à ce niveau : 23 employés viticoles sont équipés de leur propre enjambeur et peuvent intervenir simultanément sur un domaine allant de Pouilly-Fuissé à Chablis.

« En une demi-journée, nous pouvons traiter 60 hectares », insiste la régisseuse, consciente aussi que la constitution parcellaire du domaine, « à 95 % située en coteaux », permet une floraison dans des conditions parfaites. « Nous pouvons donc assumer des choix culturaux : effeuiller peu, éviter de trop travailler des sols déjà bien humides, et tailler un peu plus haut pour bénéficier d’ombre portée. » Les premiers coups de sécateurs ont donc eu lieu le 17 septembre, comme les Hospices de Nuits. En observatrice à qui rien n’échappe, Ludivine offre un détail saisissant : « C’est la première fois que nous vendangeons Pouilly-Fuissé et Volnay Santenots de façon aussi rapprochée. » En cuverie, 2021 rime avec éraflage à 100%. La neige carbonique a été utilisée pour protéger des baies fragiles, « une alternative intéressante au souffre ».

Une vente au soutien des femmes

« Le bien commun est notre but. » François Poher se fait disciple de la pensée aristotélicienne pour situer l’ambition des Hospices Civils de Beaune dont il a la direction. L’argent récolté pour cette vente, comme les autres éditions, servira notamment à « achever la reconstruction du centre hospitalier, qui représente un investissement de 70 M€ répartis sur ces six prochaines années ». Sous la présidence de Jeanne Balibar et Pio Marmaï, la 161e vente portera une attention toute particulière à la cause des femmes, « que nous soutenons dans toutes ses dimensions tant les enjeux sociétaux et de santé publique sont importants et correspondent aussi à notre histoire avec Guigone de Salins ». Sur le plan des ressources humaines aussi : « Pour les Hospices Civils de Beaune, la personne la plus importante est la jeune infirmière ou aide-soignante que nous avons recrutée. Cette jeune femme est l’avenir. »

Source à l’adresse Dijon/Beaune, le mag