Pour Sotheby’s Wine, le grand baptême de la 161e Vente des vins des Hospices de Beaune

Jamie Ritchie veut réussir sa grande première. Avec son équipe spécialement dédiée à l’événement, le président de Sotheby’s Wine s’investit personnellement auprès des Hospices de Beaune. Preuve que le nouveau chef d’orchestre accorde une place stratégique et affective à « la plus célèbre des enchères au monde », à laquelle il est lié pour cinq ans au moins. Dimanche 21 novembre sera le grand baptême du feu.

Le partenariat entre Sotheby’s et les Hospices est « l’un des accomplissements dans (votre) carrière ». Beaune est-il à ce point une référence dans la profession ?

Absolument. Il s’agit de la plus ancienne vente aux enchères caritative de vin, la plus célèbre au monde. C’est un grand honneur d’être associé à une institution viticole qui prend soin de sa communauté depuis des centaines d’années. Pour autant, cette opportunité n’est pas arrivée toute seule. Elle est aussi le résultat de notre travail. Notre équipe veut apporter le meilleur de notre expertise. Nombre de nos ressources seront dédiées à l’événement. Nous avons déjà produit un riche contenu pédagogique disponible sur notre site. C’est aussi une grande responsabilité envers tous ceux pour qui le succès de cette vente compte.

L’art et le luxe sont votre quotidien. Que représente le vin dans l’environnement  Sotheby’s ?

Chaque domaine d’expertise chez Sotheby’s fonctionne à la fois au sein de sa propre catégorie et avec toutes les autres. Le vin est le seul bien de consommation courante que Sotheby’s vend et il est apprécié par de nombreux amateurs qui collectionnent tous types d’objets. Notre travail a une importance qui dépasse son seul enjeu financier. Notons aussi que le vin est un indicateur majeur du marché. Il est le premier à connaître une baisse de la demande dans une période plus difficile et le premier à rebondir après une récession – c’est lié au prix et à la nature accessible de notre marché. Cela montre à quel point notre marché est vraiment vaste.

En 2020, Sotheby’s a vendu pour $57 M en vins et spiritueux uniquement en ligne. Vous innovez aussi avec un modèle d’enchères basé sur la vidéo live. Beaune sera-t-il concerné par cette diversification digitale ?

Oui, chaque vente que nous organisons bénéficie de toutes nos innovations numériques (ndlr, depuis 2019, le magnat des télécoms Patrick Drahi est l’actionnaire majoritaire de Sotheby’s). Nous proposons constamment de nouvelles technologies via notre plateforme. La 161e vente des Hospices de Beaune et les suivantes bénéficieront de ces innovations. La retransmission en direct sera améliorée pour les acheteurs en ligne, ce qui permettra d’atteindre une audience plus large. Nous avons aussi constaté une participation d’enchérisseurs beaucoup plus jeunes. 43% de notre clientèle mondiale a moins de 40 ans. C’est très prometteur.

En 2018, Sotheby’s a adjugé le vin le plus cher au monde, une bouteille de Romanée-Conti 1945 de la cave de Robert Drouhin, pour $558 000. Quel est le degré d’influence d’un commissaire-priseur dans ce genre de record ?

Je tenais le marteau pour le Romanée-Conti 1945. Donc, je suis peut-être partial (sourires). Une vente aux enchères est une combinaison de tant de choses : les lots à vendre, la qualité des biens, leur rareté, la provenance, le climat économique, à quelle occasion, les personnes présentes et l’actualité du jour. Le commissaire-priseur ne peut pas pousser les clients à enchérir quand ils ne le souhaitent pas. Pour ceux qui enchérissent en direct, depuis la salle de vente, par téléphone ou sur internet, il peut certainement utiliser ses compétences pour les encourager à enchérir davantage en créant un environnement propice. 

Plus personnellement, que savez-vous de Beaune et de la Bourgogne ?

J’ai eu la chance de visiter la Bourgogne à de nombreuses reprises depuis ma première visite à Beaune en 1988. C’est une région totalement unique, mêlant histoire,  qualité, communauté et une échelle que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. La taille des domaines et leurs inestimables vignobles, qui sont très petits par rapport aux normes internationales, l’accent mis sur la nature patrimoniale, le concept de terroir, la dimension familiale des entreprises… Tout cela combiné à l’histoire et à la succession des générations rendent la compréhension difficile pour les nouveaux acheteurs. Mais c’est aussi une des raisons pour lesquelles les connaisseurs gravitent autour de la Bourgogne : les vins sont intenses et complexes, il y a tant de nuances, on compare les millésimes et les producteurs… C’est cette essence que les amateurs trouvent fascinante.

« Jeune, je voulais être acteur. Pour un acteur raté, on peut dire que j’ai eu de nombreuses représentations… »

Chez les Ritchie, il paraît qu’on servait plutôt du bordeaux à table. Jurez-nous que non…

J’aime et je sers tous les types de vins. Chaque jour est un apprentissage. Tous les vins que j’apprécie ont de la finesse, de l’élégance et de l’équilibre : c’est la marque de fabrique de la Bourgogne. Je n’ai pas de préférence pour une région, mais je choisis les vins en fonction du temps, de l’humeur, de la personne avec laquelle je dîne, de ce que je mange et de mon budget. Mais je peux vous assurer que je déguste chaque semaine de nombreux bourgognes rouges et blancs, promis.

Vous utilisez toujours le même marteau depuis 1994. Superstition ?

Au cours des 30 dernières années, il m’est arrivée de laisser mon marteau à mon bureau à New York et d’en utiliser d’autres, empruntés à des collègues à Hong Kong ou achetés dans des boutiques de cadeaux à Washington. Mais il y a quelque chose de confortable et de rassurant quand vous avez en mains un marteau que vous utilisez depuis plus de 20 ans. C’est comme un vieil ami, qui vous a accompagné lors de nombreux voyages, pendant les meilleurs moments mais aussi lors de quelques pires.

En trente ans de ventes aux enchères, lesquelles vous restent particulièrement en mémoire ?

Il y en a tellement, et pour de multiples raisons : en 1993, à Regensburg, j’ai rencontré mon épouse – française – lors de la collection Thurn und Taxis qui comprenait 75 000 bouteilles ; celle d’Andrew Lloyd Webber à Londres, où mes parents m’ont vu diriger une vente pour la première et unique fois ;  la vente Lafite à Hong Kong, au plus fort du marché en 2010, où la demande était insatiable et 99 % de nos 6 500 lots ont trouvé preneurs ;  Bill Koch en 2016 à New York, dont le montant a battu le record pour une collection de vins ; la vente Robert Drouhin à New York ; The Ultimate Whisky Collection en 2019, une vente alors révolutionnaire dans le monde des spiritueux… J’ai vraiment eu la chance de travailler avec des collectionneurs incroyables et d’avoir la confiance de nombreux producteurs de vin. J’ai un souvenir fort de chaque vente, de ce qui la rend si spéciale. Jeune, je voulais être acteur. Pour un acteur raté, on peut dire que j’ai eu de nombreuses représentations…

Source à l’adresse Dijon/Beaune, le mag