Shell surprend «désagréablement» la Haye en annonçant son départ pour le Royaume-Uni

L’entreprise anglo-néerlandaise créée aux Pays-Bas il y a 130 ans a consterné le gouvernement en annonçant son déménagement au Royaume-Uni. Au passage le nom du groupe perdra son «Royal dutch».

Le géant des hydrocarbures Royal Dutch Shell a fait l’effet d’une bombe le 15 novembre en annonçant son intention de transférer son siège au Royaume-Uni. De quoi susciter l’indignation des Pays-Bas qui devraient ainsi perdre leur plus grosse entreprise. Le groupe souhaite simplifier sa structure et «aligner sa résidence fiscale avec le pays dans lequel il est enregistré, le Royaume-Uni», d’après un communiqué  cité par l’AFP, dans il lequel il annonce aussi qu’il relocaliserait ses instances dirigeantes.

Stef Blok, le ministre des Affaires économiques des Pays-Bas a réagi sur Twitter en se disant «désagréablement surpris» et ajoutant qu’il regrettait profondément cette décision.  

Le déménagement priverait les Pays-Bas de sa plus grande entreprise. Résultat, le mot «Royal Dutch» (Royal néerlandais) en référence à la famille régnante dont le créateur était proche serait retiré du nom pour la première fois depuis sa création il y a près de 130 ans, pour ne garder que «Shell» (coquillage). «Nous sommes en discussions avec Shell au sujet des implications de ce transfert en matière d’emplois, d’investissements à caractère stratégique ou de durabilité», a ajouté le ministre néerlandais.

Cette décision faisait les gros titres des médias néerlandais lundi, qui déploraient la perte d’une autre entreprise après Unilever, autre groupe anglo-néerlandais dont les actionnaires aux Pays-Bas ont voté fin 2020 en faveur d’une société mère unique basée à Londres, dans un contexte politique post-Brexit. A propos de l’annonce de Shell, l’organisation patronale VNO-NCW a été jusqu’à parler d’«énorme saignée pour les Pays-Bas».

Les actionnaires devront se prononcer le 10 décembre au cours d’une assemblée générale à Rotterdam (Pays-Bas), sur les modifications proposées. Côté britannique, le ministre des Entreprises et de l’Energie Kwasi Kwarteng se félicitait au contraire d’«un vote de confiance clair dans l’économie » (du Royaume-Uni). 

«Fier de son héritage anglo-néerlandais»

L’entreprise se justifie en affirmant vouloir «renforcer la compétitivité de Shell», au bénéfice à la fois des actionnaires et des objectifs environnementaux. Elle précise aussi précise que ses actions resteront cotées à Amsterdam, Londres et New York. Mais pour l’analyste Laura Hoy de la société de courtage basée à Londres Hargreaves Lansdown, interrogée par l’AFP, cette rationalisation «rendra l’entreprise plus facile à manœuvrer, mais ne devrait pas avoir un impact énorme sur ses performances», l’avenir du groupe dépendant, selon elle surtout du prix du pétrole. 

L’entreprise pourrait bénéficier d’une politique de taxation plus accommodante outre-manche, étant donné que l’impôt sur les sociétés du Royaume-Uni est inférieur à celui des Pays-Bas, mais l’entreprise a précisé ne pas attendre «d’impact significatif sur la charge fiscale totale du groupe» de son transfert de résidence fiscale, ajoutant que le groupe devrait même s’acquitter d’une taxe de sortie aux Pays-Bas qui pourrait atteindre 400 millions de dollars (350 millions d’euros).

Enfin, le groupe a ajouté qu’il était «fier de son héritage anglo-néerlandais» et a promis qu’il continuerait d’être «un employeur important et de maintenir une présence importante aux Pays-Bas».

Le cours de l’action de Shell a connu une importante chute au premier trimestre 2020 passant de près de 27 euros au début de l’année à un peu plus de 11 euros fin mars. Il ne s’est jamais entièrement ressaisi et plafonne depuis en dessous de 20 euros malgré une politique attractive de dividendes. Après une légère hausse en fin de semaine dernière, le titre perdait un peu plus de 1% à la mi-journée.

Source à l’adresse RT France