Journalisme : Moscou ironise sur les «grands mots» de l’Union européenne sur la liberté d’expression

La porte-parole de la diplomatie russe a commenté la récente arrestation en Pologne de deux journalistes de RT France – suggérant que l’attachement à la liberté de la presse affiché par l’UE et par Varsovie contenait une part d’hypocrisie.

«Il existe […] ces grands mots sur la liberté d’expression, l’indépendance du journalisme, l’aide apportée aux journalistes, la non résistance [à leur travail], que nous avons entendus, y compris de la part de Varsovie et de Bruxelles, qui, d’une manière ou d’une autre, est le chef de file des pays membres [de l’Union européenne]» : ce 17 novembre devant la presse, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova renvoyait l’Union européenne et la Pologne à leurs prétentions relatives à la liberté de la presse, deux jours après l’arrestation en Pologne de deux journalistes de RT France.

Juste avant ces propos, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères était revenue sur cet événement, survenu près de la frontière polono-biélorusse : «Vous savez, [les deux journalistes interpellés] ne se sont pas rendus dans une zone où se trouve une installation secrète qui, dans l’intérêt de la sécurité nationale de la Pologne, devrait être cachée des regards indiscrets. Ils se sont rendus [dans un endroit] dont le gouvernement polonais parle tous les jours depuis un certain temps, accusant les autres d’y créer des tensions. Ils font leur travail de journaliste, et veulent parler objectivement de ce qui s’y passe.»

Si la porte-parole de la diplomatie russe pointe une certaine hypocrisie de Bruxelles en matière de liberté de la presse, l’Union européenne, de son côté, a exprimé à plusieurs reprises à l’adresse de la Russie des critiques sur ce thème. En avril dernier par exemple, le porte-parole du chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell avait déclaré que «la situation de la liberté des médias en Fédération de Russie se dégrad[ait].»

Arrestation de journalistes de RT France près de la frontière polono-biélorusse

Interpellés par la police polonaise dans la matinée du 15 novembre, les journalistes de RT France David Khalifa et Jordi Demory ont finalement été relâchés après avoir été retenus pendant plusieurs heures au poste de police de la ville de Sokolka. Leur arrestation a eu lieu alors que David Khalifa faisait le point en direct sur la situation migratoire à la frontière depuis le village polonais de Usnarz Gorny, à une centaine de mètres de celle-ci. La frontière polono-biélorusse est au centre depuis début novembre de vives tensions diplomatiques, liées à la présence de quelques milliers de migrants souhaitant pénétrer sur le territoire de l’Union européenne. 

L’arrestation des deux journalistes a été vivement dénoncée par plusieurs organisations. Notamment, Dominique Pradalié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ) a fait valoir que «le droit de la presse doit s’exercer partout, y compris dans les zones dites interdites». Reporters sans frontières (RSF) a de son côté «dénonc[é] l’interpellation arbitraire des journalistes David Khalifa & Jordi Demory», soulignant que ceux-ci, «renvoyés par la police, [n’avaient] pas pu exercer leur métier».

Source à l’adresse RT France