Danemark : prison ferme pour une ancienne ministre qui avait séparé des couples de migrants

L’ancienne ministre de l’Intégration du Danemark Inger Stojberg a été condamnée le 13 décembre à deux mois de prison ferme pour avoir ordonné la séparation de plusieurs couples de demandeurs d’asile parce que la femme était mineure.

L’ancienne ministre de l’Intégration du Danemark Inger Stojberg a été condamnée le 13 décembre à deux mois de prison ferme. Elle a été reconnue coupable d’avoir illégalement ordonné la séparation de plusieurs couples de demandeurs d’asile parce que la femme était mineure.

La justice danoise a estimé qu’Inger Stojberg avait délibérément bafoué ses responsabilités ministérielles et violé la Convention européenne des droits de l’homme en ordonnant la séparation de couples de demandeurs d’asile, dont certains avaient des enfants, parce que la femme était mineure. 

Selon l’AFP, celle qui est aujourd’hui députée au Parlement danois s’est dit «très surprise» par la décision du tribunal. «Je pense que c’est une défaite pour les valeurs danoises aujourd’hui, pas seulement pour moi», a-t-elle rajouté.

Alors qu’elle était ministre de l’Immigration, Inger Stojberg avait en 2016 ordonné la séparation de 23 couples, sans examen individuel de leur dossier, et leur placement dans des centres d’accueil différents pendant l’examen de leur dossier. La justice danoise a estimé que la décision de la ministre «était illégale car le ministère de l’Immigration n’était pas tenu de prendre un arrangement concret […] dans lequel aucune considération n’était accordée individuellement aux personnes concernées».

Toujours selon l’AFP, le parquet s’est félicité d’un verdict «clair et correct». «Ce qui est décisif pour nous, c’est que le tribunal a conclu qu’Inger Stojberg est coupable, et que c’était intentionnel», a commenté le procureur Jon Lauritzen. C’est la troisième fois depuis 1910 qu’un responsable politique est renvoyé devant la Cour spéciale de justice, destinée à juger des ministres ayant commis des malversations ou négligences dans l’exercice de leurs fonctions.

Le Parlement danois doit prochainement statuer sur son éventuelle déchéance de son mandat de députée.

Lutter contre les mariages forcés de mineurs

L’intéressée estime quant à elle être accusée à tort. Dans un discours au Parlement prononcé en septembre dernier, Inger Stojberg avait déclaré qu’à travers cette décision de séparer certains couples de migrants, elle avait voulu lutter contre les mariages de mineurs forcés. Selon elle, cette décision «était la seule chose politique et humaine à faire». «Imaginez que vous arriviez dans un pays comme le Danemark, un pays de parité, en tant que jeune fille victime d’un mariage forcé, et que vous découvriez qu’au lieu de vous donner la possibilité de rompre votre mariage forcé, l’Etat vous y force en vous logeant ensemble dans un centre d’asile», avait-elle ajouté.

L’un de ses anciens collègues du gouvernement s’est félicité du bon fonctionnement de la justice danoise. «60 jours, c’est une peine sévère, mais il est important que les mensonges et la démagogie ne puissent pas faire fléchir la loi», a écrit sur Twitter l’ancien ministre des Finances Kristian Jensen.

Ingrid Stojberg a reçu le soutien de plusieurs partis nationalistes siégeant au Parlement. «Un jugement totalement incompréhensible. Inger Stojberg a fait ce qu’il fallait. Les mariages d’enfants ne devraient pas être discutés au Danemark – indépendamment de ce que les conventions dépassées peuvent penser», a écrit sur Facebook le chef du Parti populaire danois au Parlement, Peter Skaarup.

Ministre de l’Immigration de 2015 à 2019 dans un gouvernement de centre-droit, le Parti du peuple danois, soutenu par la droite anti-immigration, Inger Stojberg assumait la politique d’accueil restrictive du Danemark et se vantait alors d’avoir fait adopter plus de 110 amendements restreignant les droits des étrangers.

Au pouvoir depuis 2019, les sociaux-démocrates menés par Mette Frederiksen ont peu changé la politique d’immigration du pays, poursuivant une politique migratoire visant «zéro demandeur d’asile». 

Source à l’adresse RT France