L’Allemagne s’oppose à la classification du nucléaire en «énergie verte» voulue par Paris

En visite à Paris, la nouvelle ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock a déclaré le 9 novembre que l’Allemagne s’opposerait aux efforts de la France pour classifier l’électricité nucléaire comme énergie verte.

«L’Allemagne s’opposera aux efforts de la France pour classifier l’électricité nucléaire comme énergie verte», a déclaré le 9 décembre à Paris la nouvelle ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock, lors de sa première visite officielle dans une capitale étrangère depuis son entrée en fonction.

Interrogée sur la question du nucléaire, la chef de la diplomatie allemande n’a pas caché ses divergences sur la question du nucléaire, que le président Macron souhaite intégrer dans une liste européenne des énergies «vertes». «C’est bien connu que nous avons des positions divergentes sur la question nucléaire», a-t-elle déclaré après une rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, selon l’AFP.

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont demandé à Bruxelles de travailler sur une liste des énergies considérées comme vertueuses à la fois pour le climat et l’environnement («taxonomie verte»). Cette classification ouvrira l’accès à la finance verte et donnera un avantage compétitif aux filières reconnues, un enjeu crucial en vue du renouvellement du parc nucléaire français.

Sauf que le débat sur la nouvelle taxonomie européenne est source de tensions entre Paris et Berlin. Au côté de 12 États membres de l’UE attachés au nucléaire, la France a pour but de voir le nucléaire être classifié comme «énergie verte» et le gaz comme «énergie de transition», tandis que l’Allemagne, le Luxembourg et l’Autriche s’opposent à l’énergie atomique. 

D’après un diplomate européen s’exprimant de manière anonyme et cité par le site d’information EUobserver, avant de se prononcer «la commission devra attendre le résultat des pourparlers bilatéraux entre la France et l’Allemagne [sur la question du gaz et du nucléaire qui se tiendront en décembre]. C’est juste la réalité politique», explique-t-il, ajoutant : «Le nucléaire sera étiqueté vert, Macron obtiendra ce qu’il veut.»

Il faut dire que la flambée des prix de l’énergie a donné des arguments à Paris, qui ne cesse de rappeler les mérites du nucléaire : une énergie bon marché, zéro carbone et stable. La France milite pour obtenir le tampon vert de la Commission, malgré la question des déchets, qui n’est toujours pas réglée et qui pèse sur l’environnement.

Membre du Parti écologiste allemand, Annalena Baerbock, tout comme sa formation politique, est une farouche opposante au nucléaire. 

«L’énergie nucléaire est nécessaire pour lutter contre le changement climatique»

Le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire avait demandé le 10 septembre à ses homologues de l’UE de reconnaître l’apport de l’énergie nucléaire dans la lutte contre le changement climatique et d’inclure cette filière dans une liste d’investissements «durables» pour en faciliter le financement. «Soit nous luttons contre le changement climatique avec une approche idéologique et nous échouerons, soit nous luttons contre le changement climatique avec une approche scientifique et dans ce cas nous réussirons. Mais cela signifie reconnaître la valeur ajoutée de l’énergie nucléaire», avait ainsi déclaré Bruno Le Maire, lors d’une réunion à Kranj (Slovénie).

La France s’appuie sur deux rapports d’experts pour démontrer les avantages environnementaux de l’énergie atomique. En juin 2019, un groupe d’experts sur la finance durable avait conclu que l’énergie nucléaire, qui n’émet pratiquement pas de CO2, pouvait «contribuer à atténuer le changement climatique» – mais sans conclure sur ses dommages environnementaux potentiels.

Dans un rapport rendu fin mars, le service scientifique de la Commission européenne (Centre commun de recherche, CCR) a estimé qu’«aucune analyse ne fournit de preuves scientifiques que l’énergie nucléaire porte atteinte à la santé humaine ou à l’environnement davantage que les autres énergies» susceptibles d’intégrer la taxonomie. 

Source à l’adresse RT France