Solidarnosc accusé par des syndicats français d’accointance avec Marine Le Pen et Eric Zemmour

Cinq syndicats français ont saisi la Confédération européenne des syndicats pour soulever une éventuelle exclusion de Solidarnosc, critiqué pour s’être montré complaisant vis-à-vis d’Eric Zemmour ou de Marine Le Pen.

Rien ne va plus entre Solidarnosc et cinq syndicats français (CFDT, CFTC, CGT, FO et UNSA) qui accusent leur homologue polonais d’accointance avec Marine Le Pen. Le célèbre syndicat polonais, acteur de la fin de l’ère soviétique en Pologne, pourrait être suspendu, voire exclu de la Confédération européenne des syndicats (CES), comme l’a rapporté l’agence de presse AEF.

La CES aurait pour sa part simplement déclaré au Monde le 13 décembre qu’elle solliciterait les différentes parties afin de «clarifier les faits» et d’«identifier des solutions».

Une entrevue de Marine Le Pen dans l’organe de presse de Solidarnosc pointée du doigt

En cause, plusieurs articles et Unes mettant à l’honneur Marine Le Pen et Eric Zemmour dans plusieurs organes de presse de Solidarnosc, dont l’hebdomadaire Tygodnik Solidarnosc (surnommé Tysol). Le 3 décembre dernier, on pouvait y lire ainsi un éditorial favorable à la candidature d’Eric Zemmour se concluant par cet appel : «Les conservateurs ruraux comptent sur vous, Monsieur Zemmour !». On pouvait également y lire le 23 novembre dernier une entrevue avec la candidate du Rassemblement National (RN) dénonçant «l’attaque sur la Pologne» menée par l’Union européenne, en particulier depuis la remise en cause de la primauté du droit communautaire sur l’ordre juridique polonais par le parti au pouvoir Droit et Justice. Il est régulièrement reproché à ce dernier par l’UE de porter atteinte au principe de séparation des pouvoirs depuis 2015.

Si Tygodnik Solidarnosc ne tire qu’à environ 5 000 exemplaires, son activité sur Internet est en revanche plus importante et il s’est même doté d’un portail francophone. L’hebdomadaire définit sa ligne éditoriale de la façon suivante : s’opposer à «la censure du politiquement correct en Occident, notamment à l’égard des personnes ayant des opinions conservatrices, patriotiques et catholiques».

Les questions du journaliste sont donc jugées biaisées par les autres syndicats du fait qu’elles prennent parti contre l’Union européenne. La première d’entre elles porte par exemple sur l’idéologie progressiste que véhiculerait l’Union : «La Commission européenne et la Cour de justice de l’Union européenne remplacent progressivement les valeurs européennes (liberté d’expression, nation, famille, racines chrétiennes, etc.) par des valeurs de l’idéologie du progrès (politiquement correct, monde sans frontière, théorie du genre, etc.). Comment percevez-vous cette ingénierie sociale ?»

Une question à laquelle Marine Le Pen répond sans faillir que les initiatives européennes, – comme récemment la rétention du plan d’aide destiné à Varsovie – s’assimileraient à une «sorte de coup d’Etat» contre la souveraineté polonaise.

Un contenu qui a fortement déplu à Laurent Berger, qui a écrit une lettre au nom de la CFDT au président de Solidarnosc, Piotr Duda, qualifiant la ligne éditoriale de Tygodnik d’«ignoble». «Nous sommes révoltés de voir en France le nom de Solidarnosc servir d’alibi pour l’extrême droite, une trahison du combat que la CFDT a mené à vos côtés, il y a quarante ans», a ainsi fustigé Laurent Berger en référence au soutien de la CFDT à Solidarnosc quand celui-ci fut victime de la loi martiale instaurée le 13 décembre 1981 par le général Jaruzelski.

D’autres syndicats français ont alors emboîté le pas de la CFDT, à commencer par la CGT par la voix de Philippe Martinez : «Votre positionnement actuel est […] une insulte à celui que vous adoptiez il y a quarante ans», a-t-il martelé. Une lettre commune signée ensuite par la CFDT, la CGT, la CFTC, FO et l’UNSA a dénoncé le «parti pris politique» de Tysol-France, jugé comme un manquement «au principe d’indépendance du mouvement syndical».

Du côté de Solidarnosc, la ligne de Tygodnik ne semble pas poser problème. Interrogé par Le Monde, son porte-parole Marek Lewandowski s’est indigné « des reproches qui [leurs] sont faits », affirmant par ailleurs qu’«il n’y a pas de « valeurs communes » à la CES, au sein de laquelle nous sommes systématiquement ostracisés».

Selon lui, la CES serait focalisée sur des «valeurs gauchistes» contraires à celles du syndicat polonais pour qui «l’enseignement social de l’Eglise catholique est, depuis le début, au cœur des valeurs de Solidarnosc». Un rappel d’ailleurs partagé par le sociologue Georges Mink, spécialiste de l’Europe centrale au CNRS, pour qui «le conservatisme profond du syndicat était déjà observable dans les années 1990».

Au sujet de l’entretien de Marine Le Pen, Marek Lewandowski a jugé qu’elle «dit des choses qui sont très proches de Solidarnosc», en particulier sur le fait «que l’Union européenne devrait être construite sur la base d’Etats-nations souverains».

Une union étroite entre Solidarnosc et le parti au pouvoir parti Droit et Justice

Le président du parti Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, peut d’ailleurs compter sur le soutien de Solidarnosc : il reprend volontiers les revendications du syndicat, qu’il s’applique à mettre en œuvre. Parmi elles : baisse de l’âge de départ à la retraite, hausse importante du salaire minimal et instauration d’un smic horaire pour les travailleurs précaires, construction d’un droit du travail plus protecteur, limitation du travail le dimanche, extension des droits syndicaux, etc.

Egalement contacté par Le Monde, Laurent Berger s’est dit vouloir être «le garant d’une procédure correcte». Ce dernier, qui préside également la CES, souhaiterait avant tout avoir des explications de la part de Solidarnosc. «Aujourd’hui, le monde du travail est tenté par l’extrême droite. Si le discours syndical sur elle n’est pas clair, les digues vont sauter», a-t-il estimé lors d’un colloque au Sénat à l’occasion du 40e anniversaire de l’état de siège en Pologne.

Source à l’adresse RT France