Affaire Squarcini : accord de 10 millions d’euros entre la justice et LVMH qui évite les poursuites

Le groupe LVMH va payer 10 millions d’euros à la justice pour éviter des poursuites dans l’affaire Squarcini, du nom de l’ancien DCRI reconverti dans le privé, soupçonné d’avoir permis l’espionnage d’opposants au groupe, notamment François Ruffin.

Le tribunal judiciaire de Paris a validé ce 17 décembre un accord conclu avec le groupe LVMH qui a accepté de payer 10 millions d’euros pour éviter des poursuites dans l’enquête sur un système d’espionnage dans lequel serait impliqué l’ancien patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini (anciennement DCRI).

Le groupe de luxe a accepté la convention judiciaire d’intérêt public (Cjip) proposée par le parquet de Paris et homologuée ce 17 décembre par une juge lors d’une audience au Tribunal judiciaire de Paris.

La vice-présidente Caroline Viguier a expliqué avoir notamment tenu compte de l’«ancienneté des faits» et du «degré de coopération de la personne morale et des moyens mis en œuvre pour éviter la réitération des faits».

Cette convention a été conclue alors qu’une enquête s’intéresse depuis 2011 aux liens de l’ancien patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini avec le privé et en particulier avec LVMH.

Cette information judiciaire à tiroirs a été élargie en octobre 2019 après une plainte avec constitution de partie civile de François Ruffin et du journal Fakir.

François Ruffin dénonçait la surveillance dont il dit avoir fait l’objet «pendant près de trois ans» par les services privés de Bernard Squarcini à la demande de LVMH, lors du tournage de Merci Patron, film satirique sur le leader mondial du luxe récompensé en 2017 du César du meilleur documentaire. 

Lors de l’audience de validation, le député de la Somme avait appelé la juge à refuser cet accord, soulignant que l’amende ne représentait que «0,02% du chiffre d’affaires annuel de LVMH» (44,6 milliards en 2020 avec des marques comme Louis Vuitton, Dior, Givenchy, Guerlain, Hennessy ou encore Sephora).

«La justice peut-elle s’acheter et pour pas cher ? La réponse est oui», a réagi François Ruffin à l’issue de l’audience. «C’est un blanc seing pour toutes les futures affaires d’infiltration de multinationales. Il a suffit que LVMH paie pour être extrait de la procédure», a-t-il lancé.

Dans une vidéo publiée sur Twitter, l’ancien journaliste s’était déjà interrogé en amont de cette décision : «Les services de la police et de la justice peuvent-ils s’acheter ?» 

Puis l’élu LFI avait souligné : «Je m’en fiche qu’ils donnent de l’argent à l’Etat ou même à moi, ce que je veux, c’est qu’il y ait une reconnaissance de la culpabilité de LVMH et éventuellement de son P-DG.»

L’avocat de Ruffin et de Fakir, Alexandre Merdassi, déplore pour sa part : «Le principal commanditaire de cette affaire sort par la petite porte.» Il a estimé que ce chèque de 10 millions d’euros ne représentait «rien» pour LVMH et n’avait «aucun intérêt dissuasif».

Source à l’adresse RT France