Marche aux flambeaux à Kiev en hommage au collaborateur nazi Stepan Bandera

Des centaines de personnes se sont rassemblées dans la capitale ukrainienne pour une procession aux flambeaux en l’honneur du 113e anniversaire de la naissance de Stepan Bandera, leader d’une organisation ayant collaboré avec l’Allemagne nazie.

Le 1er janvier à la nuit tombée, des centaines de personnes se sont rassemblées pour une procession aux flambeaux dans les rues de Kiev, en l’honneur du 113e anniversaire de la naissance du leader de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) Stepan Bandera, qui a collaboré avec l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Une page de l’histoire ukrainienne qui est toujours au cœur de polémiques en Ukraine.

Les participants portaient des épées, des torches et des affiches d’extrême droite. La marche annuelle s’est terminée devant le palais présidentiel. Des agents de la police et de la garde nationale ont suivi la marche tout au long de son parcours, mais aucune arrestation n’a eu lieu.

En faisant probablement référence aux séparatistes pro-Russes dans l’est de l’Ukraine, le leader du parti nationaliste Secteur droit, Andriy Tarasenko, s’est exprimé en ces termes, relayés par par The Times of Israel : «Aujourd’hui, alors qu’il y a une guerre avec l’occupant au front, et que la lutte contre la « cinquième colonne » se poursuit à l’arrière, nous nous souvenons et honorons la mémoire de Stepan Bandera.»

L’ambassade d’Israël en Ukraine a condamné cette procession le jour même.

Stepan Bandera fut le leader des nationalistes ukrainiens dans les années 1930 et 1940 et il est considéré comme un criminel de guerre par les Polonais et les Russes en raison de sa collaboration avec l’Allemagne nazie.

Stepan Bandera à l’origine de polémiques à Ternopil 

Comme l’indique The Ukrainian Weekly, le conseil régional de Lviv avait, en mars dernier, demandé au Conseil des ministres ukrainien que le plus grand stade de cette grande ville de l’ouest de l’Ukraine – qui avait accueilli trois matchs de l’Euro 2021 – soit rebaptisé du nom de Stepan Bandera, un changement annoncé comme étant d’une «importance capitale pour la formation de la conscience nationale et [qui] contribuera à l’éducation patriotique des jeunes». 

Une demande qui faisait écho à la décision du conseil municipal de Ternopil – une ville de l’ouest de l’Ukraine peuplée de 225 000 habitants – visant à rebaptiser son plus grand stade du nom de Roman Choukhevytch, le commandant de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), le bras armé de l’OUN. «Je pense que nos partenaires ukrainiens comprendront que toute initiative visant à glorifier les criminels de guerre a des conséquences», avait déclaré le maire de la ville polonaise de Zamość, qui avait alors suspendu ses relations avec Ternopil et abandonné un projet commun avec la ville. 

L’ambassadeur d’Israël en Ukraine d’alors, Joel Lion, avait quant à lui exprimé sur Twitter son opposition à cette décision sur Twitter avec ces mots : «Nous condamnons fermement la décision du conseil municipal de Ternopil de donner au stade municipal le nom du tristement célèbre Hauptmann [capitaine] de la SS Schutzmannschaft 201, Roman Choukhevytch et exigeons l’annulation immédiate de cette décision.»

Le 30 décembre, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova avait déploré qu’une grande bannière portant une image de Stepan Bandera accompagnée de paroles d’un hymne néo-nazi ukrainien non officiel ait été déployée à Ternopil, comme le rapporte l’agence TASS. «Apparemment, les autorités nationales et locales [ukrainiennes] ont certaines instructions concernant la mise en valeur de héros nazis auprès de sa propre population», avait déclaré Maria Zakharova, en estimant que ce cela se faisait «en grande partie contre la volonté des Ukrainiens, qui connaissent leur histoire», bien que, selon elle, «cette histoire soit en train d’être réécrite en ce moment même, les gens étant endoctrinés avec des valeurs et des interprétations différentes des événements historiques.»

La porte-parole avait conclu son intervention comme suit : «La bannière a été fabriquée en rouge, noir et blanc, en totale conformité avec le style visuel du Troisième Reich […] Nous continuerons à rappeler à Kiev et à ses bienfaiteurs occidentaux le caractère inacceptable des tentatives de réhabiliter les idéologies national-socialistes anti-humaines et de glorifier le nazisme, notamment en faisant l’éloge des criminels nazis et en les transformant en héros modernes.»

Stepan Bandera reste en Ukraine un personnage clivant, certains le saluant comme un combattant contre les Soviétiques, d’autres le considérant comme un collaborateur dont les hommes sont responsables du massacre de nombreux civils – notamment juifs et Polonais – dans les dernières années de la Seconde Guerre mondiale. Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko avait participé à sa réhabilitation en le nommant à titre posthume «héros de l’Ukraine» en 2010 – un décret invalidé en 2011. 

Source à l’adresse RT France